Lorsqu’en 2016 je suis revenu d’un trek de 3 jours chez les zafimaniry, j’ai été intrigué par les attroupements au bord de la piste du retour.
J’ai demandé au chauffeur ce que pouvaient bien faire ces gens ? Quand il m’a dit que c’étaient des « chercheurs d’or », je suis immédiatement sorti du véhicule pour aller les voir et faire quelques photos. Malheureusement, le soleil était déjà bien haut dans le ciel et donnait une lumière trop contrastée pour faire de bonnes photos. Je suis donc reparti en me disant qu’il fallait que je revienne.

C’est fait ! Pour mon troisième voyage dans la Grande-île, faire un sujet sur ces orpailleurs qui travaillent à une quarantaine de kilomètres d’Ambositra (prononcer Ambouj) était inscrit à mon programme.

Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai loué une voiture avec chauffeur et recruté un guide-interprète. Il m’a conseillé d’acheter quelques paquets de cigarettes pour m’attirer les bonnes grâces des orpailleurs.

Je voulais arriver au lever du jour pour bénéficier d’une bonne lumière. Départ de l’hôtel à 7 heures. Manque de chance quand je suis arrivé, le ciel était couvert.
Heureusement, vers 9 heures, les nuages se sont espacés, laissant poindre quelques rayons de soleil. C’est à ce moment que les familles de chercheurs d’or sont arrivés en nombre.




J’avais déjà fait une petite série de photos avec une mère et ses deux filles qui fouillaient les eaux boueuses à la recherche de minuscules paillettes du précieux métal. Au début, elles ne voulaient pas être photographiées. Mais lorsque j’ai sorti le premier paquet de cigarettes elles ont accouru et j’ai pu travailler. Seul problème, elles avaient tendance à poser, raides comme des piquets, l'oeil rivé sur l'objectif. Heureusement, mon interprète, à qui j’avais expliqué quel type de photos je voulais réaliser, à fait son boulot et elles se sont remises au travail tout en riant.

A un moment, j’ai frisé la catastrophe… Pour mon matériel photo. Quatre jeune filles accompagnées de leur père viennent d’arriver. Le petit groupe installe à l’extrémité de la concession. Pour les rejoindre j’ai une distance de 300 mètres à parcourir en terrain difficile. Pas d’hésitation, je suis là pour faire des photos. Le sol imbibé n’est pas stable. Je parviens néanmoins à leur hauteur en titubant.
J’engage la conversation. Les jeunes filles ne comprennent pas mes propos. Mon interprète ne m’a pas suivi. Ce n'est pas grave. Le barrage de la langue et le sens de la conversation sont secondaires. C'est le contact direct qui est essentiel.

Je distribue des cigarettes et commence à photographier. L’ambiance est détendue. Je veux changer d’angle en faisant un pas de côté. Et là, c’est le drame. Ma jambe droite s’enfonce dans la vase jusqu’en haut le la cuisse. J’ai le temps de changer de main pour tenir mon boîtier à bout de bras. Mon bras droit est lui aussi enfoncé jusqu'à l'épaule. En essayant de me dégager je m'affale littéralement sur le dos… Dans l’hilarité générale. Je suis coincé. Impossible de me relever. Les jeunes filles viennent à mon secours et m’extirpent de ce « mauvais pas ». Je suis couvert d'une boue gluante des pieds à la taille. J’en ai aussi plein le dos.

Le guide arrive et me propose d’aller laver mon pantalon et mes chaussures dans la rivière qui se trouve derrière les monticules de terre. Ce que je fais. Trempé, mais presque propre, je peux reprendre mes prises de vues. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Mais cette petite mésaventure m’a attiré la sympathie des orpailleurs avec qui se suis resté plusieurs heures.

J’ai ainsi pu apprendre, avec l’aide de mon interprète, que les concessions doivent se trouver à proximité d'une rivière dont le cours est dévié pour apporter l’eau nécessaire au travail de prospection.
La technique est totalement artisanale. Seule l’eau permet de mettre en évidence le scintillement de la poudre d’or. Pas de produits chimiques polluant comme le mercure. De toute façon, ces produits toxiques sont trop chers et l’investissement ne serait pas rentable. Ici pas de pépites de plusieurs grammes juste de la poudre de métal jaune.




Tous les jeudis, un collecteur vient d’Ambositra pour acheter la "récolte" de la semaine. Il achète le gramme d’or à 120.000 ariary (28,5 euros) qu’il revendra plus de 200.000 à Antananarivo, la capitale. Si les prospecteurs se déplacent eux-mêmes jusqu’à son bureau d’Ambositra, à 40 km ; le gramme sera acheté 140.000 ariary. Mais les orpailleurs ont peur de se faire voler leurs précieuses récoltes sur la route et préfèrent que le collecteur vienne sur place. Quitte à gagner un peu moins.

Un homme m’a montré sa collecte de la veille (voir PIP n°2). 0,3 gramme. "Une bonne journée", selon lui.