Jean-luc Drouin's photos

Une vraie tête de boucher

02 Feb 2019 41 17 542
Antananarivo (Madagascar) - photo prise sur l’un des principaux marchés de la capitale malgache. Le boucher me regardait prendre des photos à proximité de son commerce. Quand je suis passé devant sa boutique, il m’a demandé si je pouvais le photographier ? Une demande que je ne pouvais refuser, même si je savais que l’image serait statique. J’étais sur la gauche de la boucherie et j’ai pris une première photo que je lui ai immédiatement montrée sur l’écran de mon appareil. Ça a eu l’air de lui plaire, mais il s’est saisi de son couteau et a pris de nouveau la pose. Cette fois je me suis placé en face. Il a l’air austère voire inquiétant. Ce qui n’est évidemment pas le reflet de la réalité car l’homme, malgré son métier, était affable. Pour la photo, il a pris une tête de circonstance. Il faut toujours se méfier des apparences. Avec lui, seuls les zébus peuvent se faire du souci.

Sale temps pour la volaille

09 Feb 2019 34 10 537
Fort-Dauphin (Madagascar) - Si les zébus malgaches finissent toujours mal, en général, les volailles ne sont guère mieux traitées. Elles me semblent même plus à plaindre. Le zébu lui, avant qu’il ne soit conduit à l’abattoir, passe sa vie à paître tranquillement en pleine nature. A Madagascar il n’y a pas d’élevages intensifs dans des lieux confinés. Les volailles, elles, n’ont aucune considérations. On les transporte sans ménagement vivantes ficelées en grappes comme sur cette photo, ou enfermées dans des cages. J’ai voyagé dans des taxis de brousse sur plusieurs centaines de kilomètres avec des poules, des oies ou des dindes attachées entre-elles sur le toit en plein soleil, sans eau. A l’arrivée, la moitié des volailles étaient mortes. Madagascar n’a pas le monopole de cette maltraitance. Dans certains pays les gens tentent de survivre tout simplement et n’ont pas la conscience occidentale de la maltraitance animale.

Les zébus à la plage

17 Feb 2020 49 22 601
Fort-Dauphin (Madagascar) - Une scène moins désolante que celle d'hier. Ici les zébus ont encore leur tête. Ils traversent un bras de mer pour rejoindre une île où ils passeront la nuit en toute tranquillité. Le jeune homme à vélo est le vacher qui les a conduit jusqu'ici. Les zébus n'ont plus besoin de lui. Deux autres vachers (hors champ) vont prendre le relais et traverser à pied pour accompagner le troupeau. Les bovins connaissent le chemin qu'ils prennent tous les soirs, mais pour le propriétaire ce troupeau représente une véritable fortune et préfère les faire accompagner par deux hommes qui seront obligés de nager une centaine de mètres pour atteindre la rive. Il va falloir faire vite car la nuit va tomber. - Lumières garanties naturelles à 100 %.

Déconseillé aux véganes

17 Oct 2022 38 15 447
Ambositra (Madagascar) - Retour à Madagascar pour changer de décor, mais je reviendrai bientôt avec des photos indiennes. Ce que j'aime dans les pays en voie de développement, c'est que rien n'est normé, ni aseptisé. Je reconnais que c'est plus facile pour moi qui ne fait que passer, que pour ceux qui y sont nés et qui n'en partiront probablement jamais. En Europe, cette scène où une tête de zébu fraichement abattu et découpé en quartiers de viande, serait impensable. A Madagascar, cette scène n'a rien d'insolite. Elle fait partie du quotidien. Cela dit, je peux confirmer que le sort des vaches indiennes est plus enviable que leurs homologues malgaches.

Coiffeur de bidonville

11 Oct 2018 43 16 566
Varanasi (Inde) C- Pour faire suite à la photo et à la légende d'hier, cette photo démontre qu'il y a une activité économique dans les bidonvilles indiens. Ce coiffeur à installé son salon contre le mur qui sépare le bidonville des voies ferrées de la principale gare de Varanasi. La cloison rouge à l'arrière plan est en bois. Elle sert de séparation avec une épicerie. Et derrière moi se trouve une cuisine style fast-food à l'indienne. Un ensemble de petits commerces que l'on pourrait assimiler à une petite galerie marchande. Le coiffeur, comme son client, vivent dans le bidonville. Ce qui n'empêche pas le jeune garçon de vouloir une coiffure à la mode chez les adolescents et les jeunes adultes indiens.

Les filles du bidonville

10 Oct 2023 42 19 558
Varanasi (Inde) - Ces charmantes jeunes filles voulaient être photographiées. Comment refuser, même si je ne suis pas un adepte de la photo de groupe. Ça leur faisait tellement plaisir. Vous le remarquez, elles sont plutôt bien habillées pour des résidentes d'un bidonville. Comme j'ai eu l'occasion de l'écrire à plusieurs reprises, les bidonvilles indiens sont partiellement occupés par des gens qui ont un travail (commerçants, petits fonctionnaires, chauffeurs de taxis etc.) qui n'ont pas les moyens de se loger ailleurs, en raison de la spéculation foncière. Ces demoiselles sont les filles d'artisans. Le père de celle qui est à gauche retape des voitures-épaves qu'il revend. Ces familles ont le "privilège" de résider dans des maisons en dur comme on peut le voir à l'arrière-plan. Familles qui ne vivent pas sur un tas d'or pour autant. Et il ne faut pas oublier que la majorité des habitants du bidonville vivent quand même dans des baraquements sommaires faits de bois, de bâches et de cartons.

L'arrière petite fille du lépreux

27 Sep 2023 45 22 924
Varanasi (Inde) - l'arrière grand-père de cette petite fille est hors champ. Il a retiré sa prothèse et posé sa canne pour se faire désinfecter la jambe par l'équipe soignante d'Action Bénarès. Elle le regarde attentivement, mais n'est pas impressionnée car elle l'a toujours connu amputé. Le handicap de son aïeul fait partie de son quotidien. Pour mémoire, je rappelle que les malades de cette léproserie, tous âgés de plus de 60 ans, ont été vaccinés depuis les années 1970 par les médecins d'Action Bénarès. Ils ne sont plus contagieux leur permettant de vivre avec leurs familles sans risque de contagion. Il n'en demeure pas moins que les personnes qui ont été infectées par le virus de la lèpre, nécessitent de soins réguliers

Le retour de la lèpre

27 Sep 2023 45 26 509
Inde (India) - Selon le Fonds Monétaire International (FMI), en 2024, l’Inde enregistrera une croissance du PIB de 6,3 %, devant la Chine (4,5%). Si l’économie indienne reste soutenue, favorisant le développement d’une classe moyenne, les disparités entre les populations se creusent. Une grande partie des Indiens, estimée à plus de 200 millions d’âmes, ne profite pas de cette embellie économique et continue à vivre dans des conditions indécentes et dégradantes. Ces laissés pour compte qui vivent en marge, sont les Dalits, plus connus sous le nom d’« Intouchables ». Sans le moindre accès aux structures sanitaires du pays, ils sont les premières victimes de la lèpre. Une maladie que l’on a cru éradiquée dans le pays en 2005, mais qui, selon l’OMS, connaît un résurgence inquiétante depuis 10 ans avec plus des 20.000 nouveaux cas chaque année, faisant de l’Inde le premier pays touché par cette maladie. Varanasi est l’une des villes indiennes les plus concernées par ce fléau qui génère de nombreux et lourds handicaps par la mutilation des corps. Ce portrait d’un lépreux aux mains et au pieds atrophiés a été prise fin septembre 2023 dans la léproserie de Kashi où avec le financement de l’ONG Action Bénarès, un village a été construit à la sortie de la ville, dans le milieu des années 1970. L’idée était d’accueillir ces malades et leurs proches rejetés de tous. Ici, vit aujourd’hui, une quarantaine de familles bénéficiant désormais de points d’eau potable, de latrines et douches collectives. Vaccinés grâce à de puissants antibiotiques, les malades ne sont plus contagieux, mais nécessitent des soins à vie afin d’éviter des récidives infectieuses en raison de leurs membres mutilés. L’équipe soignante intervient à Kashi deux fois par semaine. JOURNEE MONDIALE DE LA LEPRE LE 28 JANVIER 2024

Marché aux zébus

03 Aug 2016 40 18 444
Ambalavao (Madagascar) - Par manque de temps, je fais un pause sur mes photos indiennes. Hier soir j'ai animé une conférence sur le photojournalisme à Alençon (Orne). A cette occasion j'ai présenté et commenté pendant deux heures et demi, mon travail photographique à travers plusieurs reportages comme celui que je réalise depuis plusieurs années sur l'ONG médicale Action Bénarès. J'ai aussi présenté plusieurs séries sur Madagascar notamment celle consacrée aux zébus. La préparation de cette conférence m'a permis de ressortir de mes archives cette photo jamais utilisée à ce jour. A voir en grand

Deux techniques pour ramasser le charbon

07 Oct 2023 42 9 572
Dhanbad (Inde) - Ces deux femmes sont des glaneuses de charbon illégales. Elles font partie de ces villageois avec lesquels la compagnie minière a passé un accord. Elles viennent de passer cinq heures à charger du charbon dans les camions pour le compte de l'industriel. Pour ce travail, elles ont le droit de se servir sur un tas de charbon. Ce minerai qu'elles vont récupérer pendant plusieurs heures, leur permettra de dégager un petit revenu destiné à faire vivre leurs familles.

Craquage du charbon à domicile

06 Oct 2023 40 9 562
Dhanbad (Inde) - Les mineurs illégaux se servent en charbon sur les sites d'extraction des compagnies minières. Certaines entreprises font la chasse à ces pauvres villageois, d'autres sont plus tolérantes. Pour procéder à la technique du craquage par la combustion lente du minerai fossile, destinée à le fissurer, les illégaux le font à proximité de leurs maisons. Au péril de leur santé, car les émanations de fumées sont toxiques. Pourquoi cette prise de risque ? Pour éviter les vols par une surveillance permanente car il est plus facile de se servir sur un tas de charbon prêt à l'emploi, que d'aller le chercher dans les mines à ciel ouvert souvent distantes de plusieurs kilomètres, selon les villages.

Choisir les meilleurs morceaux de charbon

07 Oct 2023 41 7 569
Dhanbad (Inde) - Au début, je pensais que les glaneurs ramassaient tout le charbon qui passait à portée de main. Pas du tout. Ils choisissent en priorité des morceaux de minerai qui ont un calibrage précis. Pas trop gros, pas trop petit pour prendre place dans les paniers. Même les blocs très lourds posés directement sur la tête des porteurs, seront acheminés à un endroit où ils seront cassés au marteau pour faciliter le transport dans les paniers sur de plus longues distances.

Que la terre est basse...

07 Oct 2023 41 8 534
Dhanbad (Inde) - Trois hommes pour soulever un panier de charbon, mais un seul le portera sur sa tête. Piocher, creuser, ramasser, porter... Recommencer encore et toujours. Ces hommes passeront toute leur vie à faire ce travail de bagnards pour une poignée de roupies indiennes qui ne leur permettra même pas de vivre décemment. Le soir, ils rentreront dans leur bidonville qui baigne dans les poussières de minerai qui obstruent les voies respiratoires. Et des gens qui vivent dans de telles conditions, il y en a encore des millions sur tous les continents.

Circonstance atténuantes

07 Oct 2023 39 19 536
Dhanbad (Inde) - J'ai hésité à sélectionner cette photo, en raison de l'homme que l'on ne voit que partiellement derrière le porteur de charbon. Cette présence plus ou moins cachée brouille la lisibilité de l'image. Avec le charbon dans le panier qui n'est pas visible, cette photo cumulait deux éléments négatifs me faisant pencher pour une élimination définitive. Et comme malgré tout je ne me résignais pas à l'écarter définitivement sans en trouver la raison ; (à force de la regarder, sans doute), il m'est finalement apparu que le bras "parasite" répondait à celui qui est à gauche et qui tient le panier. Je ne sais vraiment pas pourquoi, mais je trouve des circonstances atténuantes à cette composition imparfaite. La bonne tête du porteur de panier y est sans doute pour beaucoup.

Après l'effort, le réconfort !

07 Oct 2023 43 11 588
Dhanbad (Inde) - Nous sommes dans le mine de charbon à ciel ouvert la plus proche de Dhanbad, la capitale de l'Etat du Jharkhand. Ici, contrairement au site d'exploitation de Jharia, les mineurs illégaux sont tolérés. Les responsables locaux de la mine ont passé un accord avec eux. Moyennant cinq heures de travail gratuit par jour pour charger les camions de charbon, ils sont autorisés le reste de la journée à ramasser du minerai fossile pour leur propre compte. Sur cette photo, ces illégaux qui ont passé la matinée à travailler pour la compagnie minière, s'accordent une pause déjeuner bien méritée. Dans vingt minutes, ils retourneront au charbon. Pour eux, cette fois. Cette photo est la dernière prise lors de mon reportage sur les glaneurs de charbon. Le soir, j'étais dans le train de nuit qui me ramenait à Varanasi.

Pas de retraite pour les mineurs illégaux

06 Oct 2023 41 15 296
Jharia (Inde) - Ce mineur illégal ne connait pas son âge. Il ramasse depuis sa plus tendre enfance du charbon sur le site d'exploration industriel de la mine à ciel ouvert de Jharia. Il estime avoir une soixantaine d'années. Impossible de donner un âge précis à cet homme qui, toute sa vie durant, a fait un travail physique pénible tout en vivant dans des conditions précaires qui usent prématurément les âmes et les corps. Un indice cependant pour penser qu'il n'est pas si âgé qu'il n'y paraît ; il est toujours plein de vigueur au travail et peut encore porter sur sa tête des blocs de charbon d'une cinquantaine de kilos sur plusieurs centaines de mètres. Après une telle vie de labeur, un homme de 70 ans en serait incapable. Bien entendu, quand il n'aura plus la force d'aller au charbon, il ne pourra prétendre à aucune retraite. Cependant, les indiens qui vivent à plusieurs générations sous le même toit ont coutume de s'occuper de leurs anciens... Jusqu'à leur dernier souffle.

Le sourire du charbonnier

06 Oct 2023 40 10 621
Jharia (Inde) - Quand je suis arrivé, l’homme était agenouillé, cassant des morceaux de charbon refroidi après avoir été fissuré par le feu afin de le rendre friable, facilitant sa combustion ultérieure. L’homme ne m’avait pas entendu arriver derrière lui. La scène était en contre-jour et voilée par les volutes des fumées dégagées par les tas de charbon en feu aux alentours. Je ne savais pas ce que donnerait la photo en raison de ces éléments à gérer, mais la composition m’était servie sur un plateau. La femme au loin m’observait en silence et l’homme était toujours concentré sur sa tâche. J’ai eu mon cadre en moins de deux secondes, mais je n’étais pas satisfait d’avoir l’homme de dos. Tout en contrôlant mon cadre je me suis baissé en m’approchant au plus près du charbonnier, jusqu’au moment où il a senti ma présence et à tourné la tête vers moi. Un sourire a aussitôt illuminé son visage. J’ai déclenché.

Ensachage du charbon

06 Oct 2023 35 15 610
Jharia (Inde) - La veille, j’avais pu photographier, de loin, mes premiers glaneurs de charbon, avant d’être obligé de rebrousser chemin sur les conseils instants d’un employé de la compagnie minière. Le lendemain, je me suis aventuré dans un autre secteur, bien décidé à trouver des illégaux pour lesquels j’étais venu de si loin. Avec mon interprète et un chauffeur de tuk-tuk recruté à la journée, nous nous sommes mis en quête de mineurs illégaux dans les alentours de l’immense mine à ciel ouvert de Jharia. Alors que nous sommes à peine à un kilomètre de la route principale en direction de la mine, nous traversons un village qui ne ressemble pas aux bidonvilles qui bordent le site d’excavation, que je découvrirai plus tard. Les maisons sont en dur et le village semble être là depuis longtemps. Vers la sortie du village, au bout de la piste, j’aperçois des volutes de fumée et un semblant d’activité humaine. Je demande au chauffeur de prendre cette direction. Sur place, l’homme au premier plan sur la photo, est agenouillé, ramassant du charbon à la main. Sur la droite de la scène, plusieurs tas de charbon brûlent pour le fissurer et le débarrasser de ses impuretés. L’homme m’accueille chaleureusement, ravi que je lui propose de le prendre en photo. Ce qui n’a pas toujours été le cas dans les petits bidonvilles que j’aurai l’occasion de visiter plus tard dans la journée et pendant tout mon séjour. Après avoir cédé à la tradition de la photo posée, l’homme et sa femme reprennent leur activité en remplissant plusieurs sacs de charbon. Avant de repartir, il est venu me serrer la main en me remerciant d’être venu de si loin et de m’intéresser à son village.

1739 photos in total