Journaliste britannique, William Stead (1849-1912) parla et apporta son soutien à l'espéranto; il fut un

pionnier dans le domaine du journalisme d'investigation. Considéré comme "le père du tabloïd" — sans lien avec l'actuel commérage journalistique —, il avait une haute idée de sa profession : "Le bon journalisme, du point de vue de Stead, devait êre utilisé au nom des pauvres, des exclus et des opprimés (...) Le journalisme d'investigation a été pendant des années en déclin, peut-être qu'il a besoin d'un Stead réincarné." (de : WT Stead the father of tabloid journalism — Leek 1899).

Très influent, Stead milita pour la paix mondiale, la coopération internationale, de bonnes relations entre la Grande-Bretagne et la Russie, des réformes sociales (travail de 8h pour les mineurs du charbon), un habitat convenable pour les travailleurs, la protection de l'enfance, le droit des femmes. Stead était fier de ce qu'il fut le premier éditeur ayant embauché des femmes avec un salaire égal à celui des hommes. Il s'intéressa aux manières possibles de réduire la pauvreté en Grande-Bretagne. En 1885, dans "The Palm Gazette", il soutint déjà l'idée de création d'une union européenne d'États.

Avec l'aide d'
Annie Besant, grande figure du féminisme, qui milita aussi pour la libre pensée, le socialisme et l'indépendance de l'Inde, il fit des démarches pour fonder une ligue pour le droit et la liberté (Law and Liberty League). Comme beaucoup de pionniers de l'espéranto, il s'intéressa à tout, entre autres au spiritisme, et il milita sur de nombreux fronts. Il soutint aussi bien l'Armée du Salut que le syndicalisme.

En 1890, il fonda la revue "Review of Reviews" dont la ligne éditoriale s'orientait vers une fraternité internationale sur une base de justice et de liberté, sur la réunification de toutes les religions et sur l'exploration des lois divines, la reconnaissance des droits de la femme, l'amélioration des conditions sociales et — d'après une traduction de Paul Gubbins — : "la stimulation et l'inspiration de la vie par la lecture, l'exercice corporel, les jeux de plein air, et l'étude et la pratique de la musique et du théâtre." Il contribua fortement à l'évolution et à la modernisation du journalisme par l'utilisation de techniques d'avant-garde, entre autres par la création d'un nouveau format tabloïd (environ 41x29 cm).

En 1900, il aida à la création d'une union internationale pour combattre le militarisme. Il publia l'hebdomadaire du Comité "Halte à la Guerre" (Stop the War Comittee). Parmi les livres écrits par Stead, il y a "
The Americanization of the World : or, The trend of the twentieth century " (L'américanisation du monde : ou, La tendance du 20e siècle) paru en 1902, dans lequel il ne montra aucune complaisance envers les EUA.

Stead fit connaissance de l'espéranto en Allemagne, à Leipzig, en 1902, alors qu'il avait 52 ans. Ce n'est pas l'âge idéal pour apprendre une langue, d'autant plus que son hyperactivité, multilatérale et intense, ne lui laissait guère de temps libre pour apprendre une langue même relativement facile. Par conséquent, son niveau d'expression n'était pas élevé. Mais, bien que parlant une langue dominante, l'équité linguistique ne le laissait pas indifférent. Son soutien au mouvement en Grande-Bretagne fut très important. Après son retour de Leipzig, il organisa une réunion pour "discuter de la possibilité et de la souhaitabilité de créer un club ou une société pour faire connaître l'espéranto" en Grande-Bretagne. L'affaire se réalisa. Stead devint le premier trésorier de l'Association Britannique d'Espéranto (British Esperanto Association, aujourd'hui
Brita Esperanto-Asocio — BEA). Il mit gracieusement une salle à disposition de BEA au siège de "Review of Reviews" jusqu'à ce qu'elle put acquérir son propre siège. Une colonne parut régulièrement sur l'espéranto dans "Review of Reviews" à partir d'octobre 1902. Le premier article s'intitulait : "Wanted: An International Language. A Plea for the Study of Esperanto" (Recherché : une Langue Internationale ! Plaidoyer pour l'étude de l'espéranto !).

Stead était ami du portraitiste Felix Stone Moscheles, filleul du compositeur Felix Mendelssohn, très connu dans toutes sortes de cercles artistiques et pacifistes, partisan et pionnier enthousiaste de l'espéranto, président du Club d'Espéranto de Londres et vice-président de BEA. Stead admirait le peintre russe Vassili Verechtchaguine : "Malédiction du sort : Verechtchaguine mourut en mer en poursuivant le but de sa vie, discréditer la guerre; et Stead à son tour, à qui les lettres suivantes étaient adressées, mourut sur le paquebot Titanic le 15 avril 1912 alors qu'il traversait l'Atlantique pour plaider aux États-Unis la cause de la paix dans le monde." (Elaine S. McAllister et Joseph O. Baylen : "Vassili Vereščagin et l'Exposition universelle de Paris — Quelques lettres inédites" )

A propos de la fin : "En 1912, William Stead fut invité à parler lors d'une conférence internationale sur la paix mondiale et l'arbitrage international au Carnegie Hall. Stead accepta et décida de voyager vers l'Amérique sur le Titanic Il fut rapporté plus tard qu'il ne fit aucune tentative pour entrer dans les canots de sauvetage et qu'il avait été vu pour la dernière fois debout en prière sur ​​le pont." (de Spartacus Educational :
William Stead : Biography). Une autre version dit que "Stead occupait la cabine C-87 (? C-89), mais pendant que le navire sombra, il s'assit tranquillement en lisant un livre dans le fumoir de première classe." (de l'Encyclopedia titanica)

Pour l'espéranto, la disparition de Stead fut une grande perte, pas seulement en Grande-Bretagne, mais aussi dans le monde entier. Par exemple, c'est après avoir lu un article de Stead, publié dans un numéro de 1905 de "Review of Reviews", que l'écrivain démocrate japonais
Sakuzō Yoshino, qui soutenait la "politique du peuple" et condamnait la corruption, vint à l'espéranto.

Naturellement, l'homme parfait n'a jamais existé. Mais Stead a certainement contribué fortement à une évolution positive de l'information et de la façon de penser, à permettre de se rapprocher de la perfection. Malheureusement, il n'y a pas toujours eu suffisamment d'hommes pour continuer son action. Que le centième anniversaire de sa mort soit pour nous l'occasion de poursuivre ce qu'il n'a pu finir.

Informations pour la célébration :

En espéranto :

En la angla

Une conférence sur pri Stead aura lieu à la Bibliothèque britannique en avril 2012

The Americanisation of the World / L'américanisation du monde Parmi les livres écrits par Stead, il y a "The Americanization of the World — or, The trend of the twentieth century " (L'américanisation du monde : ou, La tendance du 20e siècle). 1902. Version numérisée téléchargeable gratuitement. Lecture directe en ligne.

Par curiosité, je l''ai téléchargé et j'ai essayé d'avoir une idée du contenu. En raison de la guerre des Philippines qui avait alors lieu, j'ai eu l'idée de faire une recherche avec les mots "Philippines" puis "Kinley", c'est-à-dire le nom du président méthodiste McKinley, qui, comme le fit le méthodiste George W. Bush un siècle plus tard, avait déclaré la guerre sur la base d'une "inspiration divine". Ces noms apparaissent en divers endroits. Voici quelques phrases qui soulignent bien la caractère expansionniste et dominateur de la politique des gouvernements étasuniens :

"Their hold on the Philippines has familiarised the Americans with the possibility of dominion over sea. Dublin is not half as far from New York as Manila is from San Francisco. The Americans no longer rigidly confine themselves within the ring fence of the coast line of the oceans. They are spreading themselves abroad. Expansion is in the air." (p. 26) (Conclusion : L'expansion est dans l'air, c'est-à-dire que rien n'a changé jusqu'à aujourd'hui)

"They were also waging a war of their own in the Philippines which rendered it practically impossible for them to pose as the champions of a nation rightly struggling to be free." (p. 33)

"The Americans, eager for new markets, will find a better opening for their manufactures in Australia than in the Philippines." (p. 56)

En outre, il y a des caricatures plus éloquentes qui donnent déjà une idée du contenu critique : p. 89, p. 127 ("The American Invasion"); 130, 134, 137... Stead ne fut pas complaisant envers les EUA.