Authorizations, license

Visible by: Everyone
All rights reserved

44 visits

Henriette


Texte : E. Grangé, voix et musique : Vertigo

Henriette

Il demandait toujours : t’es gauchère ? Ton index sur le sourcil, t’es gauchère ? Dis-le, c’est pas grave ! Elle se bouchait les oreilles.
Elle savait siffler et se retrouvait en classe au piquet, assise sur la corbeille à papiers. Lui, il faisait le cri du goéland, et tous se penchaient à la fenêtre : tiens, un mâle parmi les mouettes rafleuses de pain sur la Spree ! Lui, il inclinait déjà la tête et son œil gris, il n’était puni que de ses billes marron à elle – on dit, noisette, c’est plus estival.
En hiver, c’était Kalte frei, à moins dix degrés, on rentrait chez soi. L’école fermait, on se retrouvait à plusieurs, plus que plus, chez la famille du conseiller politique. Ça sentait la cannelle et le courant d’air. On jetait des miettes, des grosses boulettes aux oiseaux en vol, par la baie vitrée, on atteignait la Baltique, les pieds au chaud, le nez rouge. Il y avait des tas de drapeaux sous la même bannière, et le gris rejoignait le marron à l’horizon.
En été, c’était Hitze frei. On allait bras nus sur le Wannsee, on soupçonnait déjà que Kleist y avait rejoint Henriette.

Comments