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Romain (Karnauch/Nupin)


Romain

Qui es-tu Romain?
A quel désespoir de parade
Vas-tu accrocher ton âme foireuse
Je t’ai vu souvent rôder au fond des rues
Rongé de vermines, la vague
Commisération dont tu voudrais
Que je larde
Ton malheur sera-t-elle
Une tape sur l’épaule?
Un regard… de ceux qu’on dit francs et droits
Sur ces entrefaites
Je te conchie mon camarade et
Je te retire ma confiance
Et tes postillons
Ne cinglent de ma débine
Que la part ombreuse,
Comme toi si foireuse,
Où je vais à mon tour
Verser au goulot
Étranglé d’ennui
Ce cri qui ne passe pas
Au ciel étranglé

Un cri qui ne passe pas
Un nuage qui se tor... Nada!
J’ai beau te secouer au paletot
Faire sonnailler ta sébile
Tes yeux doux tes mines débiles
La nuit insiste, elle vit malgré toi et fait chier
Ça fait chier
Je te le confirme
Dans nos frocs
L’écoulement merdique
D’une diarrhée bien prosaïque
Nous nous chions dessus, Romain
Dans nos vies enfumiers
Où poussent quelque souvenir
De rosaces entrelacées
De vitrail déchiqueté
Quand sur notre chemin
Parfois ça passe pas… parfois ça passe mal…

Explique-moi Romain
Pourquoi jamais tu ne te relevas
De ton bocage normand
Pauvre con
De tes bocaux normaux
Pauvre con
De ce que tu ne sus nommer
Après tout, y a tant de mecs comme toi
Comme moi…
Ils finissent par bosser en ministère
En cache misère
En cachette ils se tortillent
Sur le carrelage froid
La nuit tout seul dans leur domicile
La nuit tout seul entre leurs cils
Puis ils remontent leur futal
Et font payer leurs indécences
Leurs hontes secrètes
Au prix fort aux commensaux
Ou au syndicat
Tous les braillards
S’en sortent par la gueule
Ça n’en finit pas…
C’est normal, tu les entends?
Tous les bûcherons
Cognant la chair
A la forêt de l’abattoir
Le soir
Ils avalent leur salive
Comme on tirerait la chasse

Ils ont, souvent, vécu bien pire que toi, que moi
La cloche est venue taper
D’une paroi l’autre
Comme un gros cœur d’acier
Suspendu par un pédoncule
Jusqu’à leur poitrine cave
Pas même un soupirail
Et ils ont fait
Drelin Drelin
Ou fifty, fifty...
Étaient-ils des gredins au cœur dur
Si rien ne les a touchés
S’ils discourent dans le mensonge
Satisfaits d’eux-mêmes, toujours…
Toujours debout, c’est ce qu’il proclament
L’argile modèle
Peut-être ailleurs
Des multitudes, des créatures
Qui ne se relèvent pas
Mais qui rampent
Au limon de leurs rêves pourris…

A quoi tu tu joues, Romain
A toucher à la jointure
De ta vie
A la bordure de ton sourire
A la morsure de ton avenir
Ce double-fond où ta mort
Dans ton sourire
A déjà basculé
Les draps noués
Dans ta chair déchirée

Tu es mort déjà, Romain
Tu rôdes à quelles frontières
Farfadet, tu ne peux plus te refaire
Tu ne peux plus rien décider
Voyant s’avancer la proue gigantesque
De cet immeuble illuminé
Derrière lequel
Des tas de gens continuent de s’échiner
Parfois ils jettent leurs vieux mégots
Que tu ramasses
Ton seul magot
Ils t’entrevoient
Qui lève le poing
Où s’agrandit la tache
Sur un bavoir
Faut voir
Comme les bavards
Vont répéter à l’envi
Que tu l’as bien mérité
Que t’avais qu’à travailler
Et moi qui te suis
Jusqu’à l’abreuvoir
Où tu étends, pauvre tache!
Dans l’auréole de ton buvard
L'attache sans fin de ton reflet
Tandis que mon chapeau mou enfonce
Jusqu’au fond de ma tête…
Ce désespoir que tu marmonnes
Je l’entends…
Tu m’as nommé, Romain
Tu m’a appelé par mon nom, Romain
Je ne sais ce que signifie
L’amitié que tu voulais me proposer
Je l’ai repoussée car tu es repoussant
Tu me dégoûtes
Plein de vermines et si puant
Qu’est-ce que tu cherches Romain
Avec tes nippes pendues aux branches
Partout
Comme des cadavres que tu sèmes sous toi
Sauf que ton cou, tu ne l’accroches pas
Tu attends que la mort fasse son constat
Et te roule, pas même dans un costard…
Tu es mort, Romain
J’appelle les services compétents
On trouvera bien deux trois costauds
Qui te glisseront dans une housse sanitaire

Je t’accompagne sans haine ni sentiment
De rancune
Tu n’as su vivre dans ce monde
Où l’on regarde les gens comme toi
Parfois aux actualités
Tu as brandi une figure de style
Un langage coloré qui faisait rire
L’argomuche, Pantruche toutes ces conneries
Un langage qui peu à peu s’est étranglé
Ce que tu disais s’est confondu
Au bitume le grain s’est écrasé
Les mots t’ont délavé
Sans lever jamais
D’images
Car les gens ont continué
Tout autour te contournant
Et le vaisseau fantôme
S’est éloigné

A la proue il y avait des tas de gens
Des employés, des médisants
Tu cherchais quoi, Romain?
Parfois quand j’y pense je t’entends
Le plus souvent je t’oublie
Je courbe la tête et pense à mon tour
A mes soucis
A cette grâce de l’abandon
C’est peut-être ça au fond
La grâce de l’abandon
Comme moi
Tu n’as jamais su t’abandonner
Alors tu t’es abandonné
Tu vois ce sont les mêmes mots
Qui disent tout le contraire
Et c’est bien trop compliqué
D’être sous le même toit
D’un langage qu’on ne comprend pas....
(Karnauch/Nupin)

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