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Je fais le mort (Karnauch, int. Aurélia Pempénic et Rémi Karnauch)


Je fais le mort
solidaire
de mes morts
T’en fais pas
mon papa
t’en fais pas
ma maman
t’es maligne
et tu meurs
Moi aussi
j’suis pas con
c’est pourquoi
je demeure

Je demeure
même si
j’arriv’rai
à river
mes ferrures
c’est trois clous
sur une boîte
qui se fixent
rien du tout
et je vois
solitaire
indécis

Et je vois
à travers
ta serrure
le désert
se peupler
d’indigents
loqueteux
de ces gens
malhabiles
à tenir
leurs organes
même leurs yeux
vois... vois...
ils retombent

Et pourtant
et caïn
et caha
je perds ja
mais le nord
même si
le tracas
me renverse
enquillé
sous la toise
du grand jeu
invisible
j’me relève
avec ceux
qui sont morts
t’en fais pas
mon papa
t’en fais pas
ma maman...

S’ils m’klaxonnent
tous ces gueux
d’l’intérieur
du cercueil :
Eh vas-tu
m’actionner
et m’offrir
l’mausolé
qu’je mérite
avec des
lisérés
des couronnes
falbalas
sur nos crânes
On subsiste
en lisière
on se pèle
les oignons

On s’épelle
nos prénoms
pour s’rapp’ler
qui qu’on est
Au cim’tière
il fait froid
à pierre fendre
et d’ailleurs
elle se fend
la vieille tombe
quand un arbre
une racine
la soulève
T’as pas honte
d’me laisser
en jachère
arrête donc

de faire le mort

Désolé
que j’réponds
je n’ai plus
toute ma tête
Ces temps-ci
elle s’évade
en ballon
à l’hélium
elle s’étend
au pays
du pauv’ homme
imbécile
que j’arpente
malgré moi
dans ma tête

Au surplus
la matière
qui me grise
fait trembler
dans mon âme
des regrets
qui reviennent
en cortège,
Et je tremble
sur mes bases
et m’envole
tête en l’air

Ma parole,
ça s’rait une
fourmilière
qui s’amasse
sur mon coeur
comme un sucre
qu’elles dévorent
ne laissant
à mes dents
qu’un sourire
permanent

j’fais le mort...
Comme Chopin
comme Joselyne
Commettant
le forfait
Père Lachaise
j’ai chopé
vous savez
un sale rhume
de violettes
qui pullulent
sur la mousse
de mes lèvres
que j’écarte

En soufflant,
la tempête
dissémine
et j’explose.
Un seul mot
a figé
ma parole

Ma parole,
je me gare
cependant
des chagrins
et fais gaffe
veille au grain
m’emmitoufle
et...
si je suis
mes pauv’ morts,
c’est qu’un souffle
m’a plaqué
sur le mur
toute la peau
retroussée
quand je r’garde
mes lézardes
qui murmurent
au soleil

De ce fait
je donn’rai
à mes os
la carrière
qu’ils voudront
quand ils f’ront
d’la poussière
un p’tit tas

Potentat
colérique
je ferai
un pâté
tapoté
par l’enfant
que j’ai pas
su/porter

En attendant...

Je fais le mort par solidarité avec ma maman.
Je fais le mort par solidarité avec mon papa.
Je fais le mort la plupart du temps.
(Karnauch)

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