France-Inter, jeudi 17 avril 2014, 11h 18, émission radiophonique quotidienne « On va tous y passer ». L'invité principal est Patrice Leconte. Le célèbre cinéaste français est venu faire la promotion de son dernier long métrage intitulé « Une promesse ». Ce nouveau film est une romance 100% britannique, tournée en anglais. L'histoire est tirée d'une nouvelle de Stefan Zweig sur le désir amoureux.

Le ton de l'émission «On va tous y passer» est à la plaisanterie. On cherche et parvient souvent à détendre l'auditeur par l'intervention de plusieurs humoristes. Mais au milieu des mots d'esprit on pose parfois des questions sérieuses. Vers 11h18 on demande au cinéaste si le fait de tourner avec des acteurs étrangers dans une langue qui n'est pas la sienne ne lui pose pas de problème. La réponse du metteur en scène m'a étonné.
En substance : le problème n'existe pas « grâce à l'anglais langue universelle...mieux que l'espéranto »... Et puis on est vite passé à autre chose sans que personne ne réagisse à cette remarque glissée négligemment comme une évidence. Je ne sais pas si des espérantistes étaient à l'écoute de France-Inter à cet instant. De toute façon, il n'y a pas matière à polémique mais cette remarque d'un artiste talentueux, m'a interpellé en me donnant à penser...

Ce qu'il faut savoir :
Le cinéma international se tourne très souvent dans la langue de Shakespeare pour des raisons à la fois économiques et techniques.
Les raisons économiques sont liées à l'origine des capitaux investis et au public à conquérir en priorité pour l'exploitation du produit commercial qu'est un film. Les raisons techniques sont liées au doublage. Si les studios de doublage existent et fonctionnent très bien dans le sens USA-Europe, dans l'autre sens, Europe-USA, ce n'est pas réciproque. D'ailleurs quand un film européen rencontre un succès suffisant pour envisager sa diffusion sur le continent américain on préfère le refaire entièrement plutôt que d'essayer de le doubler en anglais (Un cas dont on peut se souvenir est celui de « Trois hommes et un couffin » qui refait entièrement pour les États Unis avait perdu toute sa saveur dans l' « opération d'adaptation ». Depuis cette époque d'ailleurs on ne compte plus les films européens d'abord tournés en anglais avant d'être doublés dans la langue natale des acteurs.

En résumé, la langue anglo-américaine s'est imposée dans les transports, le commerce, le journalisme, la variété musicale, l'informatique et toutes les autres langues se retrouvent, sans exception, reclassées au rang de langues locales en péril.
La culture made in USA écrase tranquillement toutes les autres. Nous vivons de plus en plus, sans même nous en apercevoir, dans une boulimie linguistique fast-foodienne glotophage.

Tout le monde fait semblant de maîtriser sans difficulté la langue des souverains du monde, comme toute la cour faisait semblant d'admirer les habits neufs de l'Empereur dans le conte d'Andersen.
D'ailleurs les nantis l'ont bien compris. Depuis longtemps ils s'efforcent, à grand frais, d'envoyer leur progéniture apprendre la « langue de la réussite » dans des écoles « internationales » dont le but principal est l'enseignement de l'anglais.
Ainsi donc, il n'y a pas de problème de langue...
Tout le monde le sais bien, l'anglais est la Langue Universelle.
Tant pis si les espérantistes ont une autre idée sur cette question puisqu'on ne les entendra pas.
Mais ces mêmes espérantistes se posent-ils des questions sur la manière dont leur chère langue de Zamenhof est perçue par les yeux et les oreilles étrangères à leur petite communauté marginale ?
À lire les arguments et la présentation de la propagande espérantiste, il est permis d'en douter.
2014-04-19 Jean-Pierre CAVELAN