Jour après jour tu cours. Tu cherches toujours à grimper. Toujours. Toujours plus vite. Toujours plus haut. Toujours plus loin. Tu serres si fort ces barreaux d’échelle à deux mains, pour demain. Mais au fond, à quoi ça sert? Crois-tu qu’il faille sans cesse grimper, avancer, courir et sauter vers demain ? Et toujours plus haut ? Quand te poses-tu ? Et demain de quoi sera-t-il fait vraiment ? Faut-il encore et encore tout calculer ? Te rends-tu comptes de tout ce temps perdu à calculer. A chercher. A comprendre. A ignorer. A dénigrer. A agresser. Tout ça s’est superflu. Toujours si pressé. Toujours si agressif. Toujours si stressé. Il faudrait avancer vite vers ces lendemains. Avec ce temps qu’on ne prend pas. Plus le temps pour les souvenirs. Plus le temps d’être soi-même. Il faudrait toujours avoir raison. Avec cette certitude qui te faire dire n’importe quoi. Alors pourquoi n’être que toi ? Authentique. Vrai. Plus le temps de s’arrêter, de se poser. Courir toujours plus vite vers demain. Courir dans toutes les directions. Perdu. On ne sait plus trop où on va, mais on y va, on fonce. Comme sur un fil tendu dans la brume du matin. Comme si cette ligne imaginaire nous dirigeait vers du plus vite, du plus haut, du plus loin. Mais pourquoi ne pas de poser, juste un instant ? Est-ce vraiment ça, notre ligne vers demain ? Mais est-ce vraiment toi ?

On m’a souvent dit que j’avais toute la vie devant moi. Mais c’est dans quelle direction au juste? Existe-t-elle seulement cette direction qu’on cherche tant? Ne peut-on simplement se laisser un peu porter ? Doit-on avancer tout droit ? Tout haut ? Saisir ces barreaux et grimper ? Ou alors peut-on parcourir une mosaïque de choses? De vies ? Un mélange ? Un mélange d’un peu de tout. C’est beau les mélanges. Et puis finalement, on ne vit qu’une fois. Pourquoi faudrait-il suivre toujours ces lignes ? Les virages ça marche aussi. Et les courbes. Je les trouve belles les courbes. A parcourir, lentement. Des yeux mais aussi du bout du doigt. On devrait lire l’avenir dans les courbes de la main. Elles, sont vraies. On ne devrait qu’être soi-même. On devrait aussi se tenir les mains pour avancer ensemble vers demain. Unis. On devrait se tenir les mains plutôt que de se taire devant les chutes des autres qui ont perdu le fil. Aider ceux qui se perdent. Arrêter toutes ces agressions inutiles. Il y a cette ligne tendue vers des lendemains qui ne chanteront pas forcément. La corde qu’on noue parfois pour se détacher des autres. Comme Dans ce monde à l’envers. Comme ce monde qui se dirige vers nulle part. Une autre impasse. Et tout ça pourquoi ? C’est gens qui ferment les yeux et passent leur chemin en silence. Et tout ça pourquoi ? C’est juste dommage. Et toutes ces lignes qui se brisent en silence à toujours vouloir aller plus vite, plus haut et plus loin. A ne rien faire d’autre que serrer fort ces barreaux. Comme des êtres conditionnés. Une prison sans murs. Enfermés dans ce tout. Toute une vie. Consommer. Se divertir. Esclaves de tout ça, aimer cette servitude à en perdre la raison. Tout ça c’est vide. Vide de sens. Plein d’égos. Plein d’égoïsme. Tout ça c’est trop si tu n’y prêtes pas attention.

Attention.

Le Voltigeur des Mots