Au jardin de mon père, y avait une merveille !


Un petit banc de bois peint tout en vert-bouteille

Qu’il avait lui-même façonné et sculpté.


Il trônait dans un angle parmi les rosiers.


Inutile de vous dire comme cet endroit embaumait


Et d’où me vient l’amour pour ma fleur préférée…


C’était profusion de corolles colorées,


De boutons dans leurs corselets serrés,


De roses écloses qui s’épanouissaient


En tendant leurs délicats pétales aux rayons dorés.


Au-dessus du petit banc, un odorant chèvrefeuille


Etendait ses ramures ombragées en bel accueil.


J’y venais me cacher avec mes livres et mes pensées.


Je m’y sentais sereine et en sécurité.


J’oubliais ! Le joyeux jet d’eau qui chantait


A la petite fontaine où venaient boire les oiseaux.


Je les contemplais, sans bouger, s’ébattre et pépier


Avec mon regard d’enfant émerveillé


Par la couleur de leurs becs et de leurs gosiers.


Le chant des abeilles qui butinent leur cœur


Aux arômes subtils de mille fleurs


Que mon père, avec amour, avait semées.


Mes yeux clignaient à l’envol soudain de tourterelles.

Je respirais alors la douceur de senteurs nouvelles.

De ce temps-là, le printemps s’accrochait, complice,


Au ruban de mes cheveux tel un doux caprice.


Au jardin de mon père, ritournelle au parfum suranné


Qui m’apporte encore de ce lointain passé


Le bonheur d’avoir été une enfant aimée !...

©Valériane