Posée ainsi la question ne laisse que peu de choix; du beau du juste ou du vrai, il faudra toujours préférer le juste au vrai et le vrai au beau.
Inversons la question: doit-on rechercher systématiquement le laid, ou si on veut être moins caricatural, doit-on s'interdire systématiquement le beau ?
La réponse semble là aussi évidente, non il ne faut pas fuir le beau comme semble le laisser penser le travail de certains photographes.
Cette réflexion me vient à la suite de la polémique autour de la photo vainqueur du prestigieux World Press Photo ; cette photo montre l'enterrement de deux jeunes garçons tués à Gaza au cours d'un raid israélien.
www.worldpressphoto.org/awards/2013/spot-news/paul-hansen
Il est reproché à l'auteur d'avoir retouché sa photo pour faire de l'esthétisme avec un drame humain.
Sans doute, lors du post traitement, a-t-il un peu trop accentué certains éléments de la photo, mais quand je regarde cette image, je vois d'abord la douleur de ces hommes en pleurs et le drame de ces vies volées. Peut-être n'aurions pas regardé cette image si elle avait été floue, sous exposée ou mal éclairée.
Quand, dans une même image, sont réunis le vrai, le juste (ou l'injuste ! ) et le beau, on reçoit ce choc, cette émotion que l'on éprouve devant une œuvre aboutie et bouleversante.
Les reporters de guerre sont des gens humbles, ils savent parfaitement qu'ils ne changeront pas le monde avec une image; ils continuent cependant à risquer leur vie pour ramener ces petits bouts de notre condition humaine et témoigner, modestement, de notre monde.
Alors, oui, une « belle photo » peut changer notre regard et nos âmes.
Ayons cette ambition , et, même si nous n'y arrivons pas souvent, ne nous décourageons pas.