Combien de fois, les uns et les autres, avons-nous entendu cette phrase ?
Cette affirmation pose problème, pouvons-nous essayer de ne pas l'écarter d'un revers de main ?
Il semble que la personne qui prononce cette phrase pose un préalable: une photo pour porter le nom de photo, ne doit pas être retouchée. Je demande alors quand cette règle a-t-elle été écrite et par qui; quelle est la personne qui a décidé une fois pour toute qu'une photo devait être « brute » de prise de vue ou « brute » de capteur , comme on dit d'un béton « brut de décoffrage ? Non seulement cette règle n'existe pas, pas plus que la photo qui n'a subi aucun traitement n'existe.
Dès l'origine la photo a subi le passage dans le laboratoire où le photographe choisissait la dureté du papier pour gérer la densité des noirs, faisait venir certaines zones de l'image en cachant la lumière de l'agrandisseur avec son doigt ou tout autre moyen bricolé de ses mains, retouchait l'épreuve final au moyen d'un crayon gras etc...
Aujourd'hui ces mêmes critiques que rebute la retouche ignorent sans doute qu'à l'intérieur de leur compact, au moment où ils prennent une photo, un processeur se charge de lui-même et de façon tout à fait invisible d'appliquer certaines modifications aux données reçues par le capteur: augmentation de la netteté, gestion du bruit, adoucissement des contrastes etc …

Essayons d'aborder le problème sous un autre angle: il y aurait un avant et un après numérique; le numérique aurait introduit cette possibilité de falsifier les photos, possibilité qui n'existait pas avant. Demandons à tous les personnages qui ont disparu des photos officielles à la belle époque de l'union soviétique ce qu'ils en pensent !
Ce qui est exact c'est que le numérique a décuplé les possibilités de retouche et les a mises à la portée de tous; nous parlons donc d'une différence de degré et non pas d'une différence de nature.

Cette critique à l'encontre de la pratique de la photo cache peut-être un sentiment plus enfoui: le mythe de la photo originelle, entièrement objective, montrant la réalité telle qu'elle est, sans fard, sans interprétation; mais nous savons bien que ni l'objectivité totale, ni la réalité vraie n'existent, sauf peut-être sur les bandes des caméras de surveillance installées dans nos rues.

Faisons encore un effort pour comprendre ce que veulent nous dire nos interlocuteurs: il y aurait des retouches acceptables (niveaux, recadrage, redressement....) et d'autres qui ne le seraient pas (tampon, collage, effacement..); mais là encore où sont inscrites les règles ? Qui décide à partir de quand une retouche devient une tricherie; il faudrait pour cela que l'auteur de la photo affirme haut et fort que sa photo est l'exacte reflet de la réalité; personne n'oserait affirmer cela. Certains fabricants commencent à concevoir des appareils qui choisissent les paramètres seuls ( cadrage, mise au point etc...); voilà qui va satisfaire nos critiques.

Je pense que tout photographe est un créateur et, à ce titre, il se doit de revendiquer la subjectivité comme moteur de son travail; pour dupliquer la réalité nous avons les photocopieurs !
Soyons heureux d'avoir entre nos mains ces outils merveilleux qui nous permettent d'aller encore plus loin dans la création et d'aboutir quelquefois à l'exact résultat que nous recherchions.
Alors, oui, vive la retouche !