Il fut un temps où prendre une photo était un geste important,réfléchi, mesuré, précédé de diverses manipulations (calcul du temps de pose avec une cellule à main, report des indications sur le boitier, mise au point sur le sujet, armement de l'obturateur...); à la sortie quelquefois une seule et unique photo, parce que, mon bon monsieur, un pellicule ou une diapositive ça revient cher !
Le temps a passé, les automatismes sont arrivés et le cérémonial avant d'appuyer sur le déclencheur s'est singulièrement raccourci, mais il restait toujours le prix de la pellicule, le développement,le tirage et, au bout du compte, nos albums se remplissaient tout doucement et nous laissaient le temps de regarder nos images.
Et puis le numérique est arrivé, notre chère pellicule a rejoint les oubliettes et s'est instaurée la quasi gratuité de l'acte photographique ( hormis le prix d'une petite carte mémoire ); il en a découlé une frénésie de déclics, accompagnée de l'irrésistible envie de montrer au monde entier qu'on avait du talent ! Tout cela pouvait encore fonctionner moyennant un peu de rigueur dans le choix de ce que l'on gardait et un peu d'organisation pour l'archivage de nos fichiers.
Mais, étape ultime et néanmoins provisoire, est arrivé le smartphone et la possibilité de saisir tous les moments du quotidien et de les metre en ligne aussitôt sans aucun souci d'esthétisme ou de regard critique, mais simplement pour exister aux yeux de ses « followers » et partager le plus "impudiquement" (apprécition personnelle) du monde chaque instant de sa vie. Des plateformes comme instagram, picasa et même flickr aujourd'hui ont décidé de recueillir toutes ses créations et ne parlent plus désormais qu'en téraoctets et milliards de photos. Comment s'y retrouver dans ce grand bazar de l'instantanéité et peut-on encore parler de photo au sens où l'on semble le comprendre encore sur une plateforme comme ipernity ?
Je ne doute pas que ce partage instantané des événements du quotidien soit, pour certains, une source de satisfaction et exacerbe le sentiment de groupe et de communauté, mais que reste-t-il de la photo dans tout ça? Ne pourrait-on pas trouver un autre mot pour éviter la confusion actuelle ? De tout temps la photo s'est déclinée sous une multitude de formes différentes: reportage, abstraction, collages, créations conceptuelles, recherche esthétique...mais jamais, me semble-t-il, nous n'avons été si éloigné de ce que monsieur Nièpce, aux débuts du 19e siècle a pensé avoir inventé.