Juin 2008
6h30 du matin
Munie de mon APN, je prends la direction de la forêt. Sur des chemins déjà maintes fois parcourus, attentive au moindre mouvement, au moindre bruit, je progresse. Quittant le chemin principal, je m’engage sur un petit sentier, accompagnée par les conversations stridentes des écureuils de Corée. Les sous bois touffus s’effacent progressivement pour laisser la place à une forêt plus aérée, les fougères en ont profitées pour se développer, et c’est au travers d’une mer de verdure que j’évolue.
En passant prés du tronc décapité d’un bouleau mort, j’entends un léger bruit. Je reviens sur mes pas. Oui, il se passe effectivement quelque chose, là , à l’intérieur même du tronc. Je lève la tête et à quelque mètres, je le vois enfin : un nid de pic épeiche, occupé. Je regarde autour de moi, les adultes sont là . Je vais pouvoir assister au nourrissage d’un jeune pic. Un spectacle qu’il m’est impossible d’ignorer. Regardant la provenance de la lumière, je recherche la meilleure place d’observation. Pour cela je m’éloigne de quelques mètres, quittant le chemin pour me faufiler à travers les fougères. Et je deviens spectatrice d’un superbe ballet, dont le point culminant est l’apparition de la tête du petit appelant ses parents.
Plus d’une heure se passe ainsi, hors du reste du monde, quand un bruit, de l’autre coté du sentier, attire mon attention. A quelques mètres de moi je vois les fougères s’agiter. Un animal vient dans ma direction.
Je reste immobile, j’observe.
6 mètres.
Il doit s’agir d’un chevreuil. Non impossible, je verrais la tête sortir de la végétation.
5 mètres.
Certainement un renard. Non impossible, ils sont plusieurs.
4 mètres.
Des lapins alors ? Non impossible, cela ne correspond pas à leurs mouvements.
3 mètres.
Je sais maintenant.
Une harde de sangliers fonce droit sur moi !!
La panique m’envahie. Je n’ai jamais vu de sanglier de ma vie. Je m’apprête à me retrouver nez à nez avec plusieurs bêtes faisant au moins un mètre au garrot, une bonne centaine de kilos, sans aucun doute agressives vis-à -vis des humains, et prêtent à me charger ! Je regarde autour de moi à la recherche d’un abri de fortune. Pas de rocher ou de tronc sur lequel me refugier.
Mon calme revient et c’est le reflexe du photographe qui reprend le dessus. Je cherche le meilleur angle. Rester debout : ce n’est pas une bonne solution pour mettre en valeur le sujet. Il faut que je me baisse, mais le rideau de fougères me gêne. L’idéal serait de me rapprocher du bord du sentier. Mais en faisant cela le bruit ferait fuir la harde qui est si proche maintenant. Je me relève, pose mon appareil photo et décide, tout simplement, de profiter de cette première rencontre.
Un premier groin apparait alors au pied des fougères. Puis une tête.
Etonnement ! Il s’agit d’un jeune qui ne dépasse pas la taille d’un épagneul malgré une robe sombre comme celle d’un adulte. Le reste de la harde, toujours invisible, continue de s’agiter. Malgré mon silence et mon immobilité il m’a repéré, son regard me fixe. Ma respiration se bloque, mon corps se fige. Il émet alors un grognement et d’une formidable détente, dont je ne croyais pas cet animal capable, il franchit le sentier d’un bond. Je sursaute. Impossible de le voir. Maudites fougères, mais je le sens, je l’entends grogner. Il est là , tout à coté de moi. Si je tends le bras, je suis sûre de le toucher, si je fais un pas, je serai devant lui. Je ne vois plus qu’une chose, la végétation s’agiter, je n’entends plus qu’une chose : ses grognements.
Aussi rapide que son précédent bond, il refranchit de nouveau le sentier en galopant et rejoins le reste de sa harde, dans un nouveau concert de grognements, à plusieurs voix cette fois. Les fougères s’agitent de plus belle. Ils s’éloignent.
3 mètres.
Je relâche enfin ma respiration.
4 mètres.
Je me détends
5 mètres.
Je souris. Quelle superbe rencontre …………….
En écrivant ces mots je retrouve toute l’émotion du moment. Je ne regrette aucunement le choix que j’ai fait ce jour là , ne pas avoir pris de photo, mais tout simplement, d’avoir profiter pleinement de ces quelques instants.
Quand à ma seconde rencontre, elle fut tout aussi intense et spectaculaire, même s’il ne s’agissait que de marcassins ……
Send a message
Search for members

Françoise Delestradepro says:
J'aimerai voir les photos du nourrissage des pics
Françoise Delestrade edited this comment 14 months ago.
Syllespro replies:
Je vais faire le nécessaire pour les photos des pics.
Lilian Lemonnierpro says:
Syllespro replies:
La photo aura eu, en ce qui me concerne, l'avantage de me donner une autre vision de dame nature et de me faire vivre des sensations, et des emotions inedites pour moi.
C'était si intense cette premiére rencontre....... et la seconde aussi, même si je savais que les marcassins étaient la et que je les atttendais. Les photos sont là , mais ce que j'ai pu ressentir a observer ces 5 jeunes reste present dans ma mémoire.
Les souvenirs sont nos meilleures photos.
Et de les partager permet de les faire vivre .....
Alain Gobertpro says:
Ton récit nous fait vivre tes émotions et nous rappellent aux notres. J'ai passé un agréable moment à te lire.
Syllespro replies:
Je pense que la peur de la charge du sanglier est ancrée dans la memoire collective des pauvres citadins que nous sommes ( principalement autour des grandes villes ). J'ai toujours entendu les gens autour de moi me dirent de faire extremement attention a ces animaux qui sont tres dangereux ( d'ou ma panique lors de ma premiére rencontre ... ).
Pour preuve, peu de temps apres cette experience, je l'ai raconté a ma voisine qui m'a alors expliqué que sa fille et son gendre se sont fait chargés sur un chemin par un sanglier alors qu'ils faisaient du velo ..........
Le peur est entretenue.
De mon coté, j'ai eu la chance de rencontrer des chasseurs et un garde chasse avec lesquels j'ai pu discuter de ma phobie de cet animal et qui m'ont expliqué l'attitude que je devais adopter vis a vis d'eux, a quels moments je devais être prudente. Comme tu le dis precedement c'est principalement lorsqu'ils sont bléssés ou acculés qu'ils deviennent dangereux.
Le temps passe et j'ai pris un peu plus confiance en moi. Je lis les articles concernant cet animal, que ce soit sur le net ou dans des revues specialisées, afin de mieux le connaitre, le comprendre, et de passer outre ma phobie. Je me fais de plus en plus à l'idée de me retrouver face a l'un d'eux, et je crois que l'envie de le rencontrer comme je le fais avec les chevreuils prend maintenant le pas sur la peur. Je sais ou je peux en voir et je commence d'ailleurs a regarder ou planter mon affut pour l'année prochaine ....
Merci pour ton compliment concernant mon petit recit. Je me suis appercue que j'adorais ecrire ...........
Pas de chance pour vous tous ..... :-)
Alain Gobertpro replies:
J'ai lu un article sur le sanglier paru dans la revue Salamandre. C'est un article écrit par un dessinateur animalier. Il y racontait être resté couché tout près d'une marmite où se reposait une laie et de ses petit et dit avoir pu les toucher. Il s'agit là , je pense d'une situation assez exceptionnelle.
Syllespro replies:
Par contre, personnellement, c'est un acte que je n'aurais pas fait.
Premiérement, à cause du risque encouru si la mére s'etait appercue du " danger potentiel " pour ses petits ( et la c'est l'etre humain qui est en tord !).
Deuxiemement, car cela derogerait a une " regle " que l'on m'a apprise avant même que je fasse de la photo ( regle qui se confirme au travers de mes lectures traitant de la photographie animaliére ) : ne JAMAIS toucher un animal, notament les jeunes qui en principe sont les moins peureux. Le simple fait de toucher l'animal laisse notre odeur ce qui pourrait avoir de facheuses consequences pour les petits ( abandon de la mére par exemple ).
Si tu as l'occasion de visiter des forums ayant pour objet principal la photographie animaliére, tu pourras t'appercevoir que l'on y parle souvent d'ethyque. Je m'interroge donc sur celle de cette personne.
Personnellement, à sa place, j'aurais gardé mes distances ( même si je reconnais que la situation a du etre si tentante que de resister devait etre dur ), et j'aurais profité de cette opportunité afin d'oberserver le comportement de cette laie et de ces petits.
J'ai eu l'occasion de voir des photos sur BNP d'une laie en train de preparer son chaudron et c'est vrai que se retrouver devant doit etre un instant inoubliable .....
Bastienpro says: