A peine 8h00, il fait encore nuit. Chaussures de rando, sac à dos, 40D muni de son 300 mm et un bridge ( Panasonic FZ18 ) dans la poche, je referme la porte de mon appartement. Il est temps, je dois me dépêcher, car dans moins de 45 minutes tout sera fini et la route est longue jusqu’au rendez-vous.
Je quitte enfin la ville, ses bruits, ses folies et par le même sentier parcouru depuis tant d’années, je pénètre dans le royaume de Dame Nature. La forêt encore endormie et silencieuse sur ma gauche, un champ enneigé sur ma droite, j’arrive enfin à l’ endroit convenu. Je suis à l’heure, tout est calme, serein. Je suis seule, immobile, dans l’attente. Je regarde les branches dépouillées des arbres qui se découpent sur un ciel encore sombre où les derniers lambeaux de nuit s’attardent encore.
J’attends, anxieuse. Tout se passera-t-il normalement ? Les conditions semblent pourtant réunies.
Patience …..
Je prends le Panasonic et je regarde les réglages. Tout semble correct.
Patience …..
Je regarde l’heure : 8H43, cela ne devrait plus tarder maintenant, le spectacle devrait commencer.
Patience …..
Patience …………
Et le miracle de la nature, immuable depuis des millénaires, surgit enfin derrière les arbres. D’abord un simple point lumineux, minuscule à travers les branches arachnéennes, il se transforme rapidement et l’on peut déjà deviner que c’est un gigantesque disque de feu qui apparaitra bientôt derrière les sentinelles immobiles dépouillées de leurs feuilles. Le ciel s’embrase alors pour accompagner cette arrivée d’une symphonie d’ors et de pourpres.
Un jour nouveau vient de naitre.
Un matin au bord du chemin ...…
Je souris. Quelle magnificence. Je me sens si …… petite, insignifiante.
Un dernier regard et je me tourne vers la forêt. Il est temps maintenant de parcourir ses allées et de la voir s’éveiller de sa froide nuit. Une semaine que j’attendais avec impatience cet instant, car chose rare en Ile de France, il a neigé et grâce au froid constant depuis, c’est sur un tapis de 5 cm de poudreuse aussi fraiche qu’au premier jour que je vais évoluer.
Premiers pas, première constatation : aïe, je fais autant de bruit sur la neige que si j’avançais sur un tapis de 15 cm de feuilles mortes. Pour la photo animalière, surtout dans le cadre d’une billebaude, ce n’est vraiment pas l’idéal.
Au bout de quelques mètres un premier chevreuil prend la fuite sur ma gauche. Quelques minutes plus tard, sur ma droite, c’est un second « petit prince de bois « qui disparait à travers les arbres suivi de peu par une harde de sangliers. J’hésite, que faire. Je dois éviter de provoquer la fuite des animaux, non pas seulement dans le but de faire LA photo tant attendue, mais pour prévenir une dépense d’énergie supplémentaire inutile pour ces animaux à cette époque de l’année. Certes, nous ne sommes pas à 1 000 mètres d’altitude et il ne fait que moins 10 °, mais cela reste un principe que tout photographe « animalier « amateur doit intégrer dans sa démarche. Je prends donc la décision de n’utiliser que les chemins principaux, avec les autres promeneurs, joggeurs, cyclistes du we et de délaisser mes petites sentes secrètes où je peux serpenter dans la plus grande solitude à travers fougères et arbres à la rencontre des hôtes de la forêt.
C’est donc sans regrets que je parcours les larges allées, profitant de cette météo particulière, me délectant de cette balade de plusieurs kilomètres même si je sais que je ne ferai aucunes photos ce jour là.
Perdue dans mes pensées, un bruit soudain me fait relever la tète et devant moi se tient un chevreuil, immobile, me fixant. Je n’esquisse plus aucuns mouvements, et j’ai la surprise de voir deux autres individus traverser l’allée derrière le premier pour se cacher dans la forêt, rapidement suivi par celui-ci. Je souris, pas de photos mais une rencontre furtive de 3 individus que je ne vais pas oublier.
Je reprends ma route et me retrouve quelques secondes plus tard à une croisée des chemins. Je regarde à droite, puis à gauche et là, j’ai la surprise de redécouvrir mon trio. Serrés les uns contre les autres, à découvert sur le chemin, immobiles, à peine à une dizaine de mètres de moi, me regardant, j’identifie une chevrette et ses deux chevrillards. Le cadre est idéal. Tout est recouvert de neige, les sujets sont en pleine lumière, un simple bouleau à l’écorce blanche se trouve près d’eux. Je reste sur ma position, et faisant le minimum de gestes, au ralenti, je rapproche mon apn de mon visage, colle mon œil au viseur, fais la map. Superbes, ils sont tout simplement superbes.
Je déclenche une fois, puis deux, puis trois …..
Mais rapidement le bruit du déclenchement du 40D les met en alerte. Je m’arrête alors, les observe encore quelques minutes puis les regarde partir dans la forêt. Un superbe moment, une superbe photo. Je les laisse reprendre le cours de leur vie et je reprends ma route en prenant soin de partir à l’opposé de leur direction. J’en profite, le sourire aux lèvres, pour regarder sur l’écran du 40D les photos que je viens de réaliser ….
Blanche …..
Blanche …..
Blanche ….. blanche …………….
Blanche ….. blanche ………………. blanche … blanche ………… NON !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Toutes blanches.
Le sourire aux lèvres ayant disparu, je regarde les réglages. Mode manuel, les données de l’ouverture et de la vitesse sont aberrantes, compensation d’exposition à +2 !!!! Pourtant, comme d’habitude, tous les paramètres avaient été contrôlés avant mon départ et au moment de commencer la billebaude, à l’entrée même de la forêt : priorité ouverture à 5,6, isos choisis en fonction du sous bois, de la neige et des conditions lumineuses. Il faut que je me rende à l’évidence, mes doigts engourdis par le froid et engoncés dans mes gans auront eu raison de mes précautions et j’ai malencontreusement tourné la molette de réglage en manipulant l’appareil.
Les photos sont irrécupérables.
Quand aurais-je de nouveau la chance de faire une telle photo de chevreuils dans la neige ?
Moralité : pensez à contrôler régulièrement les réglages de vos appareils au court de vos billebaudes et de vos affuts. Une mauvaise manipulation est très vite arrivée, et la déception aussi.
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Samuel Gicquel says:
Ce n'est que partie remise, il y aura bien de la neige ... l'an prochain
Syllespro replies:
Je reconnais bien là le cuisinier qui sommeille en toi .... rire !
Crois moi, j'aurais preferé une autre fin.
Mais il faut voir le bon coté des choses, car ce jour là j'ai croisé une dizaine de chevreuils, et 3 hardes de sangliers. Pas de photos ( enfin si ....... patience ) mais de belles observations que j'ai apprecié.
Mariepro says:
Syllespro replies:
Enfin, ce n'est pas grave; les plus belles photos de cette rencontre resteront ..... dans ma memoire ( malheureusement, je ne peux vous faire partager cet instant qu'a travers mon petit article .... snif, snif .... )
Nax says:
Saches qu'il m'est arrivé exactement la même chose il y a 2 semaines! J'ai shooté 1 heure en M avec réglages aberrants, alors que je pensais être en Av... et même résultat au final : poubelle pour toutes les photos...
Sinon, ça s'est passé où ? En forêt de St Germain ?
By the way, j'aime beaucoup ton style narratif.
;-)
Syllespro replies:
Surtout quand on connait les animaux que tu as la chance de photographier.
J'aurais toujours la possibilité de recroiser d'autres chevreuils ( mais pour la neige ce sera plus dur car en IDF c'est rare - premiére fois depuis deux ans !! ).
Je suis contente que tu apprecies mes petits recits. En fait, je m'appercois que j'adore ecrire ( malgre mes trop nombreuses fautes d'orthographes !!!!!!! ). C'est plus facile pour moi de m'exprimer de cette maniére; car en fait je suis tres timide et dialoguer de vive voix avec les autres n'est pas chose aisée pour moi.
A bientôt pour de nouvelles aventures ........ :-)
Sylles edited this comment 10 months ago.
Nax says:
En fait, j'aime bien les macros faites par les autres (il y en a de magnifiques)! mais je n'aime que moyennement en faire moi-même... Je crois que le côté 'billebaude' qui existe avec les plus gros animaux me manque avec la macro. Enfin, bon, c'est comme ça que j'analyse la chose...
Allez à plus...
PS : si tu veux voir des fautes d'orthographe, de grammaire, de conjugaison etc... va voir les posts sur VP et compare avec tes posts ! Tu comprendras au final que tu devrais arrêter de complexer à propos de tes fautes imaginaires.. avis perso. ;-)
Syllespro replies:
Moi aussi je suis toujours en admiration devant les macros des autres : insectes ou fleurs.
Les rares essais que j'ai fait l'été dernier ont été un veritable fiasco.
Mes deux principaux problémes sont : le coup d'oeil, et le choix de l'ouverture.
Le premier parce que je n'arrive pas encore a avoir l'oeil qui permet de magnifier ce type de sujet. Avec moi une fleur reste .... une fleur, alors que pour les autres elle se transforme en feerie.
Quand a la PDC, j'ai la facheuse manie de toujours vouloir ouvrir a 2.8 ! Du coup ma zone de netteté est trop petite et mon sujet est toujours flou.
C'est un de mes projets poour cet été : m'initier a la macrophotographie d'insecte.
Seule, je vais mettre du temps a progresser, mais comme je suis tetue, je vais y arriver.
Attendons de voir mes premiers essais dans quelques mois.
Lilian Lemonnierpro says:
Lilian Lemonnier edited this comment 9 months ago.
Syllespro replies:
Plus serieusement, je fais encore plus attention maintenant, mais je sais que cela se reproduira encore .....
Jean-françois Sertillanges says:
Syllespro replies:
Par contre, vu mes déboires depuis le début de l'année en ce qui concerne la photo, j'aimerais bien qu'elle retourne dans mon sens .... rires ...