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August 1st, 07

Bonjour...

Aucun trucage, ou recadrage dans mes photos, je vous les livre à l'état brut !

C'est dur pour elles, mais c'est ainsi...

Merci de votre indulgence à leur égard.

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August 5, 07

Un amant très vétilleux…

Son appareil photographique (il venait d’acheter le tout dernier modèle) complétait la possibilité d’une plus grande ouverture par une ampoule flash qui le coiffait discrètement. Vasanpeine estima à juste titre, que la lumière diffusée dans la chambre par des lampes à abat-jour rouge était insuffisante. Le flash se déclencha. La figure se retourna en poussant un hurlement strident, suivi d’un autre, et d’un autre encore. Le cri, succédant à l’éclair, fit perdre à Vasanpeine son précaire équilibre. Sa main glissa de l’appui de la fenêtre, ses pieds des échelons improvisés. Toujours cramponné à son appareil, il tomba sur le chien, qui se mit à aboyer. Les hurlements continuaient sans donner signe d’apaisement. Des volets s’ouvrirent. Des têtes apparurent aux fenêtres. Quelqu’un appela la police.
Alberto Manguel.

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August 6, 07

Gisèle Freund…

Paris était redevenu un des centres intellectuels et artistiques où se brassaient toutes les opinions et où naissaient les idées. Je photographiais la plupart de ces écrivains et artistes, mais je faisais aussi de nouvelles photos de ceux, maintenant célèbres, que j’avais connus avant-guerre, tel Henri Michaux ou Jean-Paul Sartre.
Il existe très peu de photo de Michaux. Je crois qu’il n’y a que Brassai et moi-même qui ayons eu la chance de le photographier.
- Pourquoi refusez-vous toujours de poser ? lui demandais-je.
- Ceux qui veulent me voir n’ont qu’à me lire, mon vrai visage est dans mes livres.
Sans doute faut-il voir dans cette réponse la volonté de ne livrer au public qu’une image qui soit elle-même une création du poète plutôt que l’aspect physique dû aux hasards de l’hérédité et de l’âge.

Gisèle Freund (Le monde et ma caméra)

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August 7, 07

Les mêmes photos tout l’temps…

Un bébé encadré sur une étagère, un souvenir de vacances, un anniversaire. Une fille qui sourit coincée dans un sous-verre, un cadre fantaisie, un bord de mer, et personne ne bouge dans la tribu des yeux rouges, tous différents, les mêmes photos pourtant Les grands derrière, les p’tits devant. Quelques photos de couple exposées comme des preuves, des photos de groupe, des amis qu’on punaise. On vérifie d’ailleurs l’air de rien chez les autres, qu’on fait partie des leurs, qu’à côté de leurs têtes y’a la nôtre. Sur la cheminée du salon des grands-parents, le casting tout entier de tous les p’tits enfants … Les grands derrière, les p’tits devant. Les albums familiaux sont les manuels d’histoire, qu’on ne regarde jamais, qu’on réserve au placard. Quand il était jeune, quand t’étais petit, quand elle était enceinte, quand ils étaient en vie. Portraits de fin d’année des gosses trop bien peignés, on dirait vraiment qu’ils ont mangés du ciment … Les grands derrière, les p’tits devant. La photo censurée, elle s’y trouvait pas belle, aussitôt développée, direct à la poubelle. Mignonne en paréo au retour de la plage, elle enlèvera pas le haut, c’est dommage. Le portrait qui fait rire du permis de conduire, celui qui fait peur, qu’est-ce que c’est qu’cette coiffure ? Quelle soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! Les mêmes photos tout l’temps … Les grands derrière, les p’tits devant. Qu’est-ce qui nous pousse au fond à refaire à la chaîne, les mêmes photos qu’on a vu par centaines, des photos de monuments qui sont jamais très belles, mais c’est nous qui l’a fait c’est pas la carte postale. Les photos de voyage à l’autre bout de la terre, les mêmes paysages, des mêmes belvédères. Nous sur un chameau, nous au ski en hiver, re-nous sur un bateau, et les épices du souk du Caire. Re-re-nous à Pâques, y’a deux ans déjà, re-re-re-nous à la Toussaint à coté d’Etretat. C’est vrai qu’on voit pas bien que la photo est mauvaise, mais par la salle de bain je te jure on devinait les falaises ! Et ces photos souvenirs qu’on stocke acharnés pour pas qu’on puisse nous dire qu’on a pas profité. Rangées dans un tiroir celles qu’on veut plus voir et classées dans des livres des photos d’archives. J’ai encore jamais vu ça chez personne, sa copine toute nue au dessus du téléphone, la photo d’son patron dans aucun salon, mais des vues de bord de mer, ah ça putain on sait l’faire ! Qu’on les range en vrac, qu’on les colle au mur, au fond d’un portefeuille ou dans un disque dur. Au fin fond de la Creuse, à Paris 16ème, on prend les mêmes poses, nos photos sont les mêmes. Qu’on soit le frère, la sœur, les parents, la tante, toujours les mêmes photos, mates ou brillantes. Des images inutiles sur toutes les vieilles pierres, le Mont-Saint-Michel, et les épices du souk du Caire…

Bruno Bénabar (Les épices du souk du Caire)

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August 8, 07

10. INT.NUIT. L’APPARTEMENT D’AUGGIE.

Auggie et Paul sont assis à la table de la cuisine ; des emballages ouverts de plats chinois à emporter ont été repoussés dans un coin de la table, dont presque toute la surface est couverte par de grands albums noirs de photographies. Il y en a quatorze en tout, et chacun porte au dos une étiquette avec le chiffre d’une année, de 1977 à 1990. Un de ces albums -1987- est ouvert sur les genoux de Paul.Plan rapproché d’une des pages de l’album. Il y a sur la page six photos en noir et blanc représentant toutes la même scène : le coin de la 3ième rue et de la 7ième avenue à huit heures du matin. Dans l’angle supérieur droit de chaque photo se trouve une petite étiquette blanche avec une date : 9.8.87, 10.8.87, 11.8.87, etc. La main de Paul tourne la page ; on voit encore six photos semblables. Il tourne de nouveau la page : même chose. Et encore une fois : même chose.
PAUL (étonné ). ─ C’est toutes les mêmes.
AUGGIE (souriant avec fierté ). ─ C’est vrai. Plus de quatre mille photos du même endroit. Le
coin de la 3ième rue et de la 7ième avenue à huit heures du matin. Quatre mille jours de suite par tous les temps. (Un temps.) C’est pour ça que je ne peux jamais prendre de vacances. Faut que je sois à mon poste chaque matin. Chaque matin au même endroit à la même heure.
PAUL (embarrassé. Il tourne une page, puis une autre). ─ Je n’ai jamais rien vu de pareil.
AUGGIE. ─ C’est mon grand projet. Comme qui dirait l’œoeuvre de ma vie.
PAUL (il pause l’album et en prends un autre, le feuillette, et découvre encore la même chose. Il hoche la tête, déconcerté ). ─ Etonnant. (S’efforçant d’être poli.) Je ne suis pas sûr de bien comprendre. Je veux dire, comment avez-vous jamais eu l’idée d’entreprendre ce… ce projet ?
AUGGIE. ─ Je ne sais pas, ça m’est venu comme ça. C’est mon coin, après tout. Ce n’est qu’un tout petit bout de l’univers, mais il s’y passe des choses, autant que partout ailleurs. C’est la chronique de mon petit coin.
PAUL (qui feuillette l’album sans cesser de hocher la tête). ─ C’est un peu écrasant.
AUGGIE (qui sourit toujours). ─ Vous ne pigerez jamais à ce train là, mon bon ami.
PAUL. ─ Que voulez-vous dire ?
AUGGIE. ─ Je veux dire que vous allez trop vite. C’est à peine si vous regardez les photos.
PAUL. ─ Mais elles sont toutes pareilles.
AUGGIE. ─ Elles sont toutes pareilles, mais chacune est différentes de toutes les autres. Il y a des matins ensoleillés et des matins sombres. Il y a la lumière de l’été et celle de l’automne. Il y a des jours de semaines et des week-ends. Il y a des gens avec des manteaux et des galoches, et des gens en short et en T-shirt. Parfois les mêmes personnes, parfois d’autres. Et quelquefois les autres deviennent les mêmes, et les mêmes disparaissent. La Terre tourne autour du Soleil, et chaque jour la lumière du Soleil arrive sur Terre à un angle différent.
PAUL (relevant la tête et regardant Auggie). ─ Ralentir, hein ?
AUGGIE. ─ Ouais, c’est le conseil que je vous donne. Vous savez ce que c’est. Demain et demain et demain, le temps avance à pas menus.
Plan rapproché de l’album. L’une après l’autre, les photos occupent seule la totalité de l’écran. L’œuvre d’Auggie se déploie devant nous. Les images se succèdent : le même endroit à la même heure à différents moments de l’année. Plans rapprochés de visages dans les plans rapprochés. Les mêmes personnes apparaissent dans plusieurs photos, regardant parfois l’objectif, parfois non. Série de ces visages. Finalement, on arrive à celui d’Ellen, la femme de Paul.
Gros plan sur le visage de Paul.
PAUL. ─ Bon Dieu, regardez. C’est Ellen.
La caméra prend du champ. Auggie est appuyé sur l’épaule de Paul. On voit le doigt de Paul pointé sur le visage d’Ellen.
AUGGIE. ─ Ouais. Elle est là. Elle est dans toute une série de cette année là. Ça devait être le chemin de son boulot.
PAUL (ému, au bord des larmes). ─ C’est Ellen. Regardez-la. Regardez ma douce chérie.
Fermeture au noir.

Paul Auster (Smoke)

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August 9, 07

Susan Sontag

« Il est inévitable que de plus en plus d’œoeuvres d’art trouvent leur accomplissement dans une photographie. La modernité appelle à réécrire la formule de Pater selon laquelle tout art aspire à la condition de la musique. Aujourd’hui tout art aspire à la condition de la photographie.»

Susan Sontag

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August 15, 07

Conjuguons…

« C’est toujours à l’imparfait de l’objectif

 

Que tu conjugues le verbe photographier »

Jacques Prévert.

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August 21, 07

Jeff Wall…

De toutes les oeuvres qui constituaient la rétrospective Jeff Wall au Schaulager de Bâle l’été dernier, A View from an Apartment (2004-2005) est la plus récente. Ici comme souvent, le cadre est Vancouver, la ville natale de l’artiste, construite autour d’un vaste et magnifique port naturel. Wall, qui souhaitait faire une photo comme celle-là, montrant une vue du port à travers une fenêtre, s’était enfin décidé. L’affaire ne fût pas simple. D’abord, Wall dut se mettre en quête d’un appartement offrant le type de vue qu’il recherchait (il passa de nombreuses heures à circuler dans Vancouver à la recherche de lieux et de sujets) ; il finit par trouver et loua l’appartement pour une période indéfinie. Ensuite, il organisa des castings pour trouver une jeune femme qui cadrerait bien avec le type de photo qu’il avait en tête. Son choix se fixa sur la jeune femme que l’on voit s’avancer à gauche de l’image, une étudiante d’un peu plus de vingt ans, récemment sortie d’une école d’art. Wall lui exposa son projet en détail, lui expliquant qu’elle ne serait pas seulement le sujet de la photographie, mais pour ainsi dire, sa collaboratrice. Il lui fournit à cet effet, une somme d’argent, afin qu’elle puisse meubler et décorer l’appartement selon ses goûts (et selon ce qu’il imaginait être le standing financier d’une jeune femme comme elle). Elle s’y occupa pendant plusieurs semaines, et même quelques mois. En outre Wall l’encouragea à passer le plus de temps possible dans l’appartement afin qu’il lui devînt très familier. A cela aussi, elle se plia. Il fut décidé, au terme d’autres conversations, qu’elle ne serait pas la seule sur la photographie, mais en compagnie d’un amie ; celle-ci choisie par la jeune femme, fut elle aussi encouragée à passer du temps dans l’appartement, ce qu’elle accepta. Vint le moment où il fallut déterminer à quoi s’occuperaient les deux femmes sur l’image. Wall m’a rapporté qu’il désirait, quant à lui que l’une des deux femmes soit montrée en train de repasser du linge de table ou de faire quelque chose dans ce genre. (Dans le catalogue raisonné de son œuvre paru récemment, Wall explique l’intérêt qu’il porte au nettoyage, au lavage et, d’une manière générale, au ménage. Toutes ces activités quotidiennes vouées comme il le suggère sans le dire aussi clairement, à l’entretien, la préservation de notre monde ordinaire.) On finit par s’accorder sur un scénario et les prises de vues commencèrent. Elles durèrent deux semaines environ, pendant lesquelles Wall fit inlassablement répéter telle ou telle action aux deux femmes afin qu’un effet de naturel puisse affleurer. Ce fut aussi le moment où il comprit quelle était l’heure idéale pour la photographie : la tombée du jour, lorsque dehors s’allument les lampadaires et autres sources de lumière. Photographiquement parlant, le problème était celui de la disparité évidente entre l’éclairage intérieur de l’appartement (dont la source n’apparaît pas sur l’image) et la scène crépusculaire, de l’autre coté de la fenêtre, une disparité que compensa Wall en photographiant les deux vues séparément puis en les réconciliant à l’aide de l’ordinateur (ce qui aurait été nécessaire même si l’heure choisie avait été moins tardive). La photographie que nous pouvons voir aujourd’hui est en fait le produit de nombreuses prises de vues assemblées de cette manière imperceptible. L’ensemble du projet, depuis la location de l’appartement jusqu’à l’image finale, s’étala sur plus de deux ans.

Michael Fried – Contre la théâtralité. (Du minimalisme à la photographie contemporaine.)

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August 23, 07

Kertész...

L’appareil photo est mon outil.

Grâce à lui, je justifie tout ce qui m’entoure.

André Kertész

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August 26, 07

Mystère Lyonnais...

Voici qu’approche la fin Août, déjà l’été toussote malgré le mois qu’il lui reste. C’est l’odeur du cartable neuf qui lui fait ça, pour l’été ça sent le sapin ! Mais point de nostalgie qui viendrait mettre son grain de sable de plage dans les rouages de cette rentrée qui est dans les starting-blocks, les photos de bambins en pleurs sur les trottoirs des écoles attendront encore un peu. Pour l’heure nous en sommes à regarder nos photos souvenirs d’il n’y a pas un mois, toutes fraîches et moulues de nos cartes atout mémoire.

C’est pareil pour moi, oui Madame !

Je trie, j’archive, sélectionne, efface et tout le tralala. Je viens de m’apercevoir que j’ai même oublié ma visite au Musée d’Art Contemporain de Marseille… c’est bien pratique quand même les photos pour les souvenirs.

- Je note : Ne pas oublier de faire une note sur ma visite au Musée d’Art Contemporain de Marseille !

En parlant d’oubli et de Musée, je viens de penser à ce suspense insoutenable et à tous vos ongles rongés dans l’attente de La Question de l’été (enfin une Des Questions de l’été), celle qui vous a ôté le sommeil : Mais quels sont ces mystérieux endroits photographiés dans la série « Ambiance Lyonnaise » ? Ben il y a une astuce mes braves Gens, vous ne pensiez pas que les choses seraient aussi simples… et ben non ! Y a un truc…

Ben oui !

Ambiance Lyonnaise, Le bain, Théâtral, La prison et La cuisine se trouvent tous dans le même quartier de Lyon, mais ne vous ruez pas pour arpenter ruelles et traboules dans l’espoir de voir ces lieux au coin d’une rue. Ces photographies dans lesquelles vous avez perçu des ambiances magiques et des lieux étranges, je ne les ai mis en ligne que pour vous faire découvrir un seul endroit. Toutes ces photos ont été faites dans un seul lieu, mais aucun de ceux représentés n’est réel dans le sens littéral. Dans cet univers virtuel bloguesque ou tout est réalisable à l’aide de pixels magiques, j’ai voulu vous montrer l’ancêtre de la représentation virtuelle : la maquette, la miniature. Pendant cette semaine, toutes les photos mises en ligne ont été prises au Musée International de la Miniature.

Vous trouverez sur le lien toutes les indications pour vous y rendre. Je précise pour mes amis photographes que les seules difficultés rencontrées sont les reflets car chaque maquette est protégée par une vitrine.

J’espère que cette petite série vous aura donné l’envie de faire un détour par ces « endroits »…

Voilà, c’est tout ce que j’avais à dire sur cette série.

Serge.

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