Serge Published on August 2nd, 2009
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JEU D’OMBRE…

Sunday August 2nd, 2009 at 04:18PM

L'une des 24 planches du Pencil of nature de W. H. Fox Talbot, le premier livre de photographies jamais publié, montre une meule de foin contre laquelle est posée une échelle dont l’ombre se découpe avec netteté. De cette photographie émane une force singulière, qui permet d’interroger l’apparition de l’image, et ce qu’elle garde du temps qui s’écoule. L’ombre portée est, dans ce cadre, l’objet d’un vertige tout particulier. Qu’est-ce qu’une prise photographique, qu’est-ce qui s’y dépose ?
À partir des images de Talbot, mais aussi de celles de Hiroshima et de l’homme soufflé, l’auteur élabore un véritable récit de formation qui interroge la puissance fictionnelle de ces apparitions. Entre la paix de la campagne anglaise et la violence anéantissante de la bombe atomique, c’est tout le destin de la photographie qui se joue.


[…]The Pencil of Nature. Le livre dont cette image se détache, dont elle est la planche X (il en contient vingt-quatre en tout), ce livre fut initié par Talbot pour présenter sa méthode et, à travers elle, le tout nouvel art photographique. Il lui trouva ce titre merveilleux (j’y reviendrai) et le livra en fascicules entre juin 1844 et avril 1846. On pense que 130 séries complètes furent éditées en tout ( ce qui est peu, mais le prix d’achat était très élevé). Une trentaine de planches nous sont parvenues. Les vingt-quatre planches étaient en fait des tirages à part entière, obtenus à partir d’un négatif souche. Compte tenu des moyens techniques alors disponibles, le temps de réalisation était élevé, naturelement, ainsi que le coût d’une entreprise qui, sur le plan commercial, se solda d’ailleurs par un demi-échec. Mais l’affaire qui était lancée était d’une tout autre envergure, et tel qu’il est, ce Crayon de la Nature est bel et bien la première publication illustrée de photographies qui ait vu le jour, ainsi que Talbot dut le préciser dans un avertissement au lecteur, à la fois parce que ce qu’il proposait était sans exemple et parce qu’il lui fallait se démarquer des gravures d’après daguerréotypes qui avaient déjà pu circuler.

Jean-Christophe Bailly. L’instant et son ombre. 2008, Editions du Seuil.

Un essai extrêmement intéressant, qui m’a donné envie de jouer avec une vieille échelle et son ombre, la meule de foin étant remplacée pour la circonstance par un mur de ma maison…

{ PHOTOGRAPH(i)E DU DiMANCHE... }
{ PHOTOGRAPH(i)E DU DiMANCHE..…

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11 Comments

Veronellepro says:
cela me pose une reflection, entre le cliché preparé et celui pris au hasard, je m'explique ton échelle a été volontairement posée pour avoir un effet de lumière et d'ombre, celle de talbot devait se trouver là et il a probablement usé de ruse pour prendre le cliché propre a son emotion, je pose la question a savoir quel est la différence entre les deux, celui preparé et celui surpris, je pense celui pris au hasard est plus proche de l'emotionnel que celui preparé a l'avance qui se doit d'être parfait, c'est une simple refexion sans jugement ni appriori !
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Sergepro replies:

Hélas Veronelle, tu commets une petite erreur due au manque de recul. Que faisait donc Talbot en réalisant les vues de son livre ? Il argumentait en vue de « vendre » son procédé, nous pourrions, sans faire une grande digression, qualifier le premier livre photographique de dépliant publicitaire. Je peux affirmer qu’aucune des 24 planches du merveilleux « Pencil of Nature » n’est l’image bucolique capturée comme un instantané par un photographe en goguette ( du DiMANCHE ?). Chacune est destinée à montrer le plus efficacement possible les capacités du calotype. La technique et le matériel utilisés en 1844 ne permettaient pas de prendre des vues au petit bonheur la chance. Le coût de cette activité était loin d’être celui du loisir nous connaissant aujourd’hui. Loin de moi l’idée de tracer une échelle de sensibilité entre les deux démarches. Le seul argument que j’ai à te proposer est dans le titre des photos postées pour illustrer cette note sur cet excellent essai : Jeu d’ombre… (Je ne vends rien… Je joue…)
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Granad'Apro replies:
Il l'a vendu... Et bien vendu !
Veronelle n'a pas tort dans l'absolu...
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Veronellepro replies:
merci cher alain pour votre grande manseitude
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Sergepro replies:

:-)
Posted 4 months ago. ( permalink )
Veronellepro replies:
j'ai eu effectivement un doute dans la pose pour l'epoque, je sais qu'ils mettaient principalement en scene vu le matériel, mais je me laisse a imaginer qu'en passant devant cette meule, il pose sa boite a image et spontanément prend cette ombre en photo ! Non c'est pas possible !

Une mise en scene avec un sujet mouvant apporte une dimension autre que la mise en scene avec un sujet fixe mon explication maladroite implique le fait de surprendre le mouvement ce qui donne toute la puissance a l'emotion du moment ! La pose et le sujet fixe implique principalement un aspect emotionnel unique soit esthetique soit statuaire comme une bouche ouverte signifiant un cri, c'est l'aspect figé .........

http://special.lib.gla.ac.uk/exhibns/month/feb2007.html

J'ai retrouvé la meule et l'echelle et j'arrive mieux a comprendre ta demarche mais je pense en ayant vu l'oeuvre que l'echelle etait posée là a l'origine et qu'il la prise en photo tout simplement tout comme le balai faisant office de barrière, afin de jouer avec les contrastes car dans le monochrome il faut des contrastes pour realiser quelque chose de valable mais je ne crois pas que ce soit des sujets travaillés a l'avance, il avait l'oeil et se fiait a lui !

J'ai trouvé l'intégralité :



http://www.luminous-lint.com/app/vexhibit/_PROCESS_Calotype_02/1/0/0
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Sergepro replies:

Merci pour les liens...
Je ne comprends pas bien l'absolu nécessité de donner plus d'importance à une photo "de style documentaire" pour ne pas dire reportage qu'à un autre domaine...
"Saisir l'instant" montre plus une émotion qu'une photo posée... je n'en suis pas certain, surtout avec les débats encore animés au sujet de photos comme celle de Capa ou du fameux baiser de Doisneau. Et c'est faire peu de cas de grands photographes, je pense à Diane Arbus ou à Cindy Sherman. Et de nombreux reportages sont souvent constitués de photos posées, prends les vues de Dorothy Lange pour la FSA. Que penser alors de Edward Weston, Bill Brandt, de la photographie de mode, de la photo de portrait etc...
Je ne suis pas d'avis de donner une palme à une catégorie particulière, les voies pour faire passer une émotion sont multiples.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
valserine says:
passionnant !

d'une part de découvrir à quand remonte, dans l'échelle -héhé- du temps les essais de photographie... pour moi, la photo est pour ceux qui la pratiquent la recherche infinie de l'impression... impression de ce que l'oeil voit ; et c'est là où est la force de l'oeil et du photographe, car chacun de nous voit les choses à sa façon... deux photographes, deux yeux verront la même chose et pourtant leur vision sera différente et donc l'impression aussi.

d'autre part parce je pense qu'il peut y avoir autant d'émotion à faire naître sous son oeil -et son appareil "ombilical"- ce que l'on voit du dedans, ce qui a muri, qu'à voir naître sous son oeil une image qui l'inspire.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Sergepro replies:

J'aime bien l'expression "appareil ombilical", elle me rappelle les 6x6 d'antant...
;-)
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
PINEDEpro says:
la photographie est un art ...............sensible.... s'imprégnant du regard de l'artiste et du médium utilisé.....
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Sergepro replies:

Bien résumé !
:-))
(Je reprendrai ceci pour une note future...)
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )

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