L’ombre dans les mythes et légendes
S’il est possible de démontrer que les ombres obéissent aux lois élémentaires de l’optique, elles n’en gardent pas moins leur coté insaisissable. Tout en faisant partie intégrante de notre environnement, elles apparaissent et disparaissent, elles sont fugitives et mouvantes, comme peut s’en rendre compte tout peintre qui tente de fixer leur image sur la toile. La trajectoire du soleil dans le ciel et les variations dans la couverture nuageuse ont de quoi le rendre jaloux du photographe muni d’un instrument capable d’interrompre tous ces changements. Nous imaginons volontiers un univers stable autour de nous, sans ignorer pour autant les innombrables circonstances susceptibles d’influer sur l’apparence des choses et, même là , nous attribuons une sorte de permanence aux couleurs et aux matières des surfaces, par-delà les modifications apparentes. Ce n’est pas pareil pour les ombres, parce qu’elles n’appartiennent pas au monde réel. On ne peut les toucher ni les saisir. D’ailleurs le langage courant recourt souvent à la métaphore de l’ombre pour désigner quelques chose qui n’existe pas, ou que l’on ne connaît pas, comme dans « lâcher la proie pour l’ombre ». Les Grecs de l’Antiquité croyaient qu’après avoir pris congé du monde réel, les hommes ne survivaient qu’en qualité d’ombres parmi les ombres. Il y a pourtant des situations où l’apparition d’une ombre atteste en revanche la matérialité d’un être ou d’un objet, car ce qui projette une ombre est forcément réel.
E.H. Gombrich (OMBRES PORTÉES leur représentation dans l’art occidental. Éditions Gallimard 1996)
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PINEDEpro says:
Sergepro replies:
Ce texte a été publié à l'occasion d'une exposition qui s'est tenue à la National Gallery de Londres en 1995...
C'est une petite perle richement illustrée.
Mariepro says:
Sergepro replies:
Merci beaucoup Marie...
:-))