Sécheresse
(texte intégral du poème écrit entre 1966 et 1999)

Cette année est difficile,
L'automne ne nous a rien promis,
Nous n'avons pas attendu les messagers
Et la sécheresse est telle qu'en elle-même : une terre souffrante
Et un ciel doré.
Que mon corps soit mon temple.

...À toi d'atteindre le pain de mon âme
Pour te connaître toi-même. Et je suis sans limites,
Si je le désire :
Avec un épi, j'agrandis mon champ.
Et j'élargis cet espace avec une tourterelle.
Que mon corps soit mon pays.

La sécheresse scrute le fleuve,
regarde les palmiers,
Mais elle ne remarque pas mon puits profond.
Et par toi je suis infini...
L'automne, le ciel est authentique.

Imagine-toi, ne serait-ce qu'une fois, femme,
Et tu verras ce que je vois.
Mon corps est mon maître.

La sécheresse est toujours là. Chaque fois
Qu'une idée tarit, fleurit le chœur
Des flatteurs : Que d'eau, que d'eau!
Qu'ai-je besoin de la prophétie ? Alors que les anges
Bons sont les hôtes du nuage des rêveurs ?
Qu'ai-je besoin de ton livre, quand ce qui est en toi est en moi ?
Mon corps éclôt dans mon corps.

Et la sécheresse fait ses adieux aux années maigres.
Il faudra une trêve dans la ville,
Des chèvres qui broutent l'herbe
Dans les livres des Babyloniens ou des autres
Pour que le ciel devienne authentique...
Éclaire donc de ton vin mon obscurité et mon sang
Et élis demeure avec moi dans mon corps !

Mahmoud Darwich - ("La terre nous est étroite et autres poèmes, 1966-1999" traduction d'Élias Sanbar* - Éditions Poésie-Gallimard, 2000)

* Élias Sanbar est un poète et écrivain palestinien, ami de Mahmoud Darwich