Le réseau RESF Maroc est, depuis le mois de septembre 2007, de plus en plus souvent sollicité pour venir en aide à de jeunes marocains expulsés de France, sans doute pour répondre aux objectifs statistiques fixés par l’Etat français, et ce quelque soit les situations humaines.
En effet, de jeunes hommes ou jeunes filles de 20 ans à peine sont renvoyés au Maroc avec quelques euros en poche, parfois sans aucun contact sur place. Arrivés au port de Tanger ou à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, ils doivent alors passer de nombreuses heures au commissariat puis au tribunal avant de rejoindre la rue. Les attaches familiales au Maroc sont ténues pour ces jeunes qui ont grandi en France et y ont souvent laissé leur famille (parents, frères, sœurs...).
Une jeune fille de 23 ans, dont le père vit depuis 35 ans en France, très bien insérée dans son village du Sud (soutien du maire), bénévole dans une association pour autistes et au parcours scolaire de qualité a ainsi été expulsée, laissant son projet professionnel, sa famille et ses amis ! Depuis, elle est prise en charge par des gens qu’elle ne connaissait pas.
Un jeune « enfant des rues », arrivé en France à l’âge de 13 ans, a été pris en charge et suivi par des éducateurs. A l’annonce de son arrêté d’expulsion, 5 ans plus tard , à 18 ans tout juste, il a tenté de mettre fin à ses jours 3 fois avant sa reconduite à la frontière. Depuis son arrivée à Tanger, sans famille et avec quelques euros, nous sommes sans nouvelles de lui.
Un jeune de 19 ans a été expulsé laissant son père très malade, pourra-t-il le revoir un jour ?
Un autre jeune adolescent se retrouve seul sans famille, ne sachant oùaller. Son père, sa mère, sa sœur vivent toujours à Sète...Nous sommes alarmés de constater un tel gâchis humain.
En effet, tous ces jeunes connaissaient une insertion en France dans leur famille et leur cadre de vie, le « creuset français » fonctionnait. Vivant en France depuis plusieurs années, le passage à la majorité devient pour eux un saut dans l’illégalité. Pour des motifs divers qui cachent en fait l’obligation devant laquelle se trouvent les préfets de « faire du chiffre », ils se voient refuser une carte de séjour et sont de ce fait arrêtés, mis en centres de rétention et expulsés. Livrés à eux-mêmes au Maroc, quel est leur avenir ?
Nous ne pouvons accepter de l’Etat français ces expulsions de jeunes qui n’ont commis d’autre délit que celui de grandir, au mépris de leur sécurité, de leur avenir et de leur équilibre matériel et affectif. Ces jeunes sont renvoyés, sans ressources et sans soutien familial au pays, tout en sachant qu’il n’existe au Maroc aucune forme d’accueil et d’orientation pour eux.
Nous voulons par ce communiqué dire notre refus de la banalisation et l’accélération de telles pratiques injustifiables et xénophobes. Nous voulons rappeler que derrière chaque dossier, il y a des jeunes filles et jeunes hommes qui voient leurs vies quotidiennes, scolaires, familiales, professionnelles anéanties, leurs projets d’avenir s’effondrer, leurs vies brisées, leur santé et leur sécurité physique même mises en danger. De telles politiques ne peuvent que développer des réactions d’incompréhension et de rejet, des replis identitaires préjudiciables au dialogue et aux échanges entre les cultures.