890e



Egaré dans les détails
je me suis fié à l’eau et me suis cassé
Faut-il que chaque fois qu’un coing soupire
j'oublie les limites de mon cœur
et me réfugie dans le siège pour affirmer mon identité
ô Ahmad l’Arabe !
L’amour ne m’a jamais menti
pourtant chaque fois que le soir est venu
je me suis retrouvé englouti dans une cloche lointaine
je me suis réfugié dans ma propre hémorragie
pour y définir à nouveau mon image
ô Ahmad l’Arabe !
je n’ai pas lavé mon sang dans le pain de l’ennemi
pourtant les routes proches lointaines
ont fui sous mes pas
chaque fois que j’ai apprivoisé une ville
elle m’a jeté ma valise à la figure
et je me suis réfugié sur le trottoir du rêve et de la poésie
ô combien ai-je marché vers mon rêve
devancé par des poignards
ô rêve et ville de Rome !

Tu es beau dans ton exil
et assassiné à Rome
et Haïfa
Ahmad est la montée du Carmel
l'origine de la rosée, le thym de chez soi
et la maison.
Ne le volez pas aux hirondelles
ne l’enlevez pas à la rosée
des yeux ont écrit son oraison funèbre
abandonnant mon cœur à l’écho
ne le volez pas à l’éternité
et ne dispersez pas ses cendres sur la Croix
il est la carte et le corps
et le feu qui brûle les rossignols
ne le volez pas aux pigeons
ne l’envoyez pas au devoir
ne faîtes pas de son sang une décoration
car il est la violette sertie dans son propre velours
… Avançant vers la guérison du rêve
il voit des banalités prendre forme de poire
les pays se détruire dans les bureaux
et les chevaux se débarrasser de leurs valises
tandis que transpirent les galets.
J’embrasse le silence de ce sel
je rends le discours du citron au citron
j’allume un cierge pour les fleurs
et pour le poisson séché
à partir de ma blessure ouverte,
les galets ont une transpiration et des miroirs
le bûcheron a un cœur de colombe.
Je t’oublie parfois pour que m’oublient
les agents de la sécurité
ô ma femme si belle,
toi qui coupes le cœur et l’oignon tendre
et t’en vas auprès de la violette
souviens-toi de moi avant que je n’oublie mes mains.
Sur le chemin de la guérison du rêve
les chaises sont prises entre mes arbres et ton ombre …
Ils s’abattent sur ta blessure
comme des mouches saisonnières
et y disparaissent comme des voyeurs
souviens-toi de moi avant que je n’oublie mes main
s !

 
 

Le camp formait le corps d’Ahmad
Damas formait les paupières d’Ahmad
le Héjaz formait l’ombre d’Ahmad
le Siège est devenu le passage d’Ahmad
au-dessus des cœurs de millions de prisonniers
le Siège est devenu l’assaut d’Ahmad
et la mer sa dernière balle !
ô la taille du vent
ô la douce semaine !
ô nom des yeux ô écho de marbre
ô Ahmad qui est né de la pierre et du thym !
Tu diras : non
tu diras : non
ma peau est l’habit du paysan qui viendra des champs de tabac abolir les capitales
tu dis : non
mon corps est le manifeste des ouvriers des industries légères
des répétitions … et des épopées vers la conquête de l’étape
et tu dis : non
ô corps marqué par les flancs des montagnes
et des soleils à venir !
et du dis : non
ô corps qui épouse les vagues au-dessus de la guillotine
et tu dis : non
et tu dis : non
et tu dis : non

tu meurs près de mon sang et revis dans la farine
nous avons créé le jasmin
pour que le visage de la mort disparaisse de nos mots
va loin dans les nuages et les plantations
il n’y a pas de temps pour l’exil et pour ce chant …
jette-toi dans le courant de la mort qui nous entraîne
pour que nous tombions malades de la patrie simple et
du jasmin probable
va vers ton sang qui est prêt à se répandre
va vers mon sang unifié à ton siège
il n’y a pas de temps pour l’exil …
ni pour les belles photos qu’on accroche
sur les murs des avenues
ni pour les funérailles
ni les vœux