boudali bouchta

quand j'ai vu cette photo

la premiere fois

sur la premiere page d'un journal

j'ai pensé à guantanamo!!

et ben non

c'est à la prison ain qadous à fes!!!

cet homme arrete pour vol

est decedé

dans une presque indifference totale

decedé,non,assassiné

car c'est suite à ces tortures

qu'il a succombé!!!

je m'attendais

à ce que les reactions soient....

qu'on s'indigne

qu'on se revolte

mais non..

l'etre humain compte donc si peu????

ci joint un article de kahlid jamai



Photo insupportable crucifiée sur une première page (1). Tel un coup de poing en plein visage, elle m’étourdit. J’ai du mal à reprendre mon souffle. Mes larmes inondent mes joues. Son regard semble se détourner du mien. Peut-être veut-il préserver le peu de dignité qui lui reste. Il est moi. Il est toi. A sa naissance, sa mère trouvait sûrement qu’il était le plus beau bébé du monde. Il est nu. J’essaye de détourner mon regard. En vain. Mains attachées par une paire de menottes au barreau de sa cellule de la prison de Aïn El Kadouss à Fès. Recroquevillé sur lui-même, animal traqué, impuissant. Il s’appelle Bouchta El Boudali. Si Bouchta. Un texte accompagne la photo. Un texte qui dévoile, qui accuse : «Cette photo a été prise quelques instants avant que Si Bouchta ne trépasse». Cause de la mort ? Les tortures subies et dont son ventre, ses mains, ses jambes, son appareil génital et son visage portent encore les stigmates. Tortures confirmées par sa famille. Tortures infligées par ses gardiens.

Terrible agonie
Dans ma tête se bousculent des mots : nouveau règne, transition démocratique, CCDH, Diwan Al Madhalim, Tazmamart, Derb Moulay Chrif, Dar El Mokri, Centre de Témara et le commissariat de Jamaâ El Fna. Si Bouchta, énième victime de la nouvelle politique pénitentiaire mise en place par Hafid Benhachem, ancien disciple d’un certain Driss Basri. La politique du tout sécuritaire. Si Bouchta est mort en août dernier et son décès serait passé inaperçu si ce n’était la diffusion de cette vidéo qui relate les derniers moments de son horrible supplice, de sa terrible agonie. Pour les responsables de la prison, Si Bouchta était... un malade mental qui avait été transporté à l’hôpital à la suite d’une détérioration de sa santé ! Facile, trop facile ! Et les photos, et la vidéo ? A qui demander des comptes ? Une enquête ? Quel intérêt ? Il n’est le fils ni d’un ministre, ni d’un wali, ni d’un gouverneur... Pourtant, avec sa mort, une partie de moi-même disparaît, une partie de toi-même, lecteur, meurt. Et se taire, c’est devenir complice de ses assassins.

In Al Jarida El Oula du 2 novembre 2008