Je ne pensais pas à mal en arrivant dans cette chambre, sombre et en désordre. Je croyais juste que l'endroit était vide... En bas, la porte était ouverte, le plancher craquait sous mes pas, et l'envie d'aller plus loin, fascinée par ce lieu depuis des années, depuis le temps où je passais devant ces murs en allant à l'école, mon énorme cartable sur les épaules, trottinant en observant les fenêtres cassées, derrière les arbustes et les haies...
Aujourd'hui, je suis entrée au lycée, je n'ai plus peur que quelqu'un m'observe par cette fenêtre, je sais que cette maison est en ruine, et abandonnée depuis des années. Si j'y suis entrée, c'est parce que je suivais ce petit chat, adorable, qui s'est réfugié à l'intérieur en me voyant m'approcher. Un chat tout blanc, avec de longs poils soyeux...
La chambre comporte des rideaux opaques, c'est pour cela qu'il y fait si sombre. Les murs sont tapissés de papier épais pourpre, l'ambiance devait y être chaleureuse avant... Intime... Sensuelle... C'est une impression étrange qui m'envahit. A chaque pas, j'oublie le chaton que j'étais venue chercher, et m'enfonce dans cette atmosphère duveteuse...
Dans le fond de la pièce, il y a une armoire, tout en bois sculpté, elle paraît gigantesque. Sur le mur en face, une cheminée d'appoint, en grosses briques et en marbre rose, avec un grand miroir posé juste au dessus. Un miroir ovale, aux dorures abîmées par le temps.
Le parquet y craque encore plus qu'en bas. Si quelqu'un entendait, ça lui filerait une de ces peurs !
Bizarrement, ce n'est pas la peur qui me serre à présent. Je me sens bien, terriblement bien, je souris au fil de mes découvertes, et un sentiment de plénitude m'envahit.
Je me dirige vers la porte du placard , pose doucement la main dessus, en faisant glisser mes doigts sur la poignée, sentant les moulures et l'odeur du vieux bois.
J'ouvre la porte, et découvre à l'intérieur de vieilles robes, toutes en dentelles, en broderies magnifiques et en soie... Mes yeux se posent sur l'une d'elles, malgré les trous et les déchirures, je les trouve superbes, élégantes, d'un autre temps...
Comme si elle m'appartenait, sans me poser de question, je l'enfile, elle me va, elle me sert un peu à la taille... Elle est longue, il y a des jupons et des lacets noirs de velours sur le bustier... Elle est d'un bleu sombre, recouverte de dentelles noires... Le corsage fait ressortir ma poitrine et l'enserre de façon voluptueuse... Pour la première fois de ma vie, j'ai l'impression de me sentir... Femme.
L'odeur de l'usure, les craquements du parquet, le peu de lumière, tout me fait tourner la tête, un vertige m'envahit, alors que je me dirige vers le miroir, au dessus de la cheminée...
Une vision, une hallucination! Alors que je suis sur le point de tomber, j'aperçois dans le reflet le visage d'un Homme, un visage doux et tendre, les yeux noirs, une légère barbe, et de longs cheveux bruns qui lui coulent sur les épaules...
Sa beauté me perturbe, son apparence, cette vision !!! Je deviens folle, je tombe...
Des bras me rattrappent, des mains douces se posent autour de ma taille. Subjuguée, je m'agrippe aux bras de cet homme, tout droit sorti d'un rêve...
Je veux parler, mais il me dit "chut"... puis me serre un peu plus fort...
Délicatement, il défait les lacets de mon corsage, je sens ses mains sur mon corps, me caresser lentement, je ferme les yeux, et me laisse emporter par ce doux sentiment de plénitude.
il retire doucement les jupons qui lui couvrent le route, et me guide sur un canapé rouge foncé de velours... La poussière a disparu. L'odeur de l'usure a fait place à celle du jasmin et des fleurs blanches, fraîchement coupées...
Je le laisse me toucher, m'emporter, j'ai fermé les yeux...
Je sens ses doigts froids parcourir mon corps, sa bouche et ses lèvres, tendres sur mon sein, ses caresses délicates entre mes cuisses, et j'entrouvre les yeux pour le voir, lui, son torse imberbe, blanc et sans défaut, contrastant avec la noirceur de ses cheveux...
Je ressens tout ses gestes avec une telle force, une telle intensité, sa langue chaude, humide, se posant partout sur moi et en moi, ses mains douces, ses longs doigts fins, ses baisers, et...
J'ouvre les yeux.
Je me réveille, étourdie, allongée sur ce vieux canapé poussiéreux.
La robe que je porte ne m'appartient pas. Elle est sale, et déchirée.
J'ai un sentiment étrange, de malaise. Je remet mes propres vêtements, et range les autres à leur place.
J'ai dormi plusieurs heures.
Je me regarde dans le grand miroir, et remet en place mes cheveux en désordre.
Je regarde une dernière fois cette chambre, et repars en courant vers l'extérieur.
Sur la route du retour, je trottine, comme avant... Le sourire aux lèvres...
Je sais maintenant, et j'en suis sûre, je ne suis plus vierge...