Finalement, on a choisi le trip AVENTURE en Mongolie.

700 km de pistes en bus nous attendent joyeusement, dans la promiscuite familiale du bus, avec des mongoliens tres (a)touchant…(voir photos). Apres les 400 premiers km de pistes defoncees qui nous agittent comme des boules de loto a 30-50km/h, on ne rigole plus. Un bon tiers du bus a deja vomi son repas de midi et, a la nuit tombee, l’idee que le chauffeur puisse encore trouver son chemin parmis les crevasses et les cailloux nous stresse (après deja 12h de conduite 4x4, le fou furieux). Vers minuit, On arrive enfin a Choibolson (ou nous faisons escale pour la nuit), une ville de 40.000 hab, avec des immeubles et meme de l’electricite dans les rues... un comble après autant de km de pistes defoncees. Comme par magie, on est amenes par des passagers directement dans l'appartement (qu’on imagine tres bien en Afganistan) ou nous attendent les enfants des parents chez lesquels nous irons le lendemain.

Le lendemain justement, nous arrivons dans une vallee perdue au milieu de nulle part après 100 km de pistes et de vallees nues comme le crane d’un chauve... empiles a 6 dans un taxi brousse. Et la, c’est le premier choc : au loin se profile une petite roulotte de romanichels defraichie qui ressemble a une remise pour casse automobile accompagnee d’un minuscule cabanon qui ressemble a un chenil bricole dans l’apres midi (voir photos). On est acceuillis comme deux cosmaunautes fraichement debarques, par un homme en guenilles affuble d’une jeune femme qui ressemble a une ramoneuse après son office... accompagnes d’un cochon epanoui. Ils affirment que nous sommes bien au bon endroit. On croit d’abord a un piege tellement le cadre ressemble a un skeatch et on ne sait pas bien si - après le depart perplexe de nos 4 comparses en taxi brousse qui disparaisent quelques minutes plus tard de notre champs de vision - on va se faire depouiller par ces gens qui se pretendent les personnes chez qui on devait aller.

Dans la roulotte, la jeune femme nous propose un bol de lait avec du the, quelques gateaux secs garantis fait main, et un petit bol de crème souillee ... le tout dans un ballet de mouches dont certaines se prenaient pour cleopatre avec le lait, mais evidemment toutes ont deja largement pris part a ce festin frugal dans la chaleur de l’apres midi. Finalement arrivent les personnes que nous attendions, Jalom et Yvan. On amenage la roulotte de 15 m2 pour y dormir….a 10, en clouant des planches et des tissus afin de boucher les fenetres car le vent commence a souffler tres fort dans la soiree.

Au petit matin, c’est le deuxieme choc ! Au reveil transit de froid, nous ouvrons la porte de la roulotte devant un spectacle petrifiant : Blizard, vent de siberie... et un splendide paysage lunaire de 10 cm de neige avait deja enveloppe toutes surfaces visibles a nos yeux. C’est avec un sourire narquois que nos hotes se foutent de nous pour la deuxieme fois. On s’est dabord demande si on allait rester bloquer ici tout l’hivers, sachant que les temperatures dessendent allegrement a moins 30 l’hivers et que personne ne saurait reprendre les 800km de pistes defoncee dans la neige jusqu’a notre point de depart.

Dans l’univers de la roulotte, 90% des 14 m2 sont occupes par le couchage des 10 personnes la nuit et servent de salon/salle a manger de jour ; les 10% restant, par un poele artisanal constitue d’une feuille de tole encoulee sur elle meme flanquee d’un tube qui sert d’extracteur. Au dessus de nos tetes pendouillent des morceaux de cotes de viandes sechees sur des fils improvises. Dans la cuisine, le poele sert a chauffer la roulotte le temps que la bouse de cochon se consume (a savoir tres tres rapidement), mais aussi a la cuisine, au ménage et a diverses operations qui se deroulent toutes dans la meme gamelle metallique en equilibre sur le poele qu’on croirait avoir ete concu pour l’usage d’un seul W.E.

Les animaux exploites sont les chevaux, chameaux, vaches, chevres, moutons, mais aussi ponctuellement gazelles, renards, fouines, rats et autres animaux sauvages en grandes quantites qu’on peut retrouver dans un raviolit mongole ou une soupe a la graisse animale.

L’alimentation tourne principalement autour des produits laitiers (crème, beurre, lait, fromage…), des soupes avec de la graisse animale (beaucoup de graisse !), des raviolis dans lesquels ils mettent toute sorte de viande, des pates maison et du pain ... maison (qui sent d’ailleur tres fort l’amoniaque a la cuisson).

Chez les nomades, c’est l’autarcie complete et tout se recycle, jusqu’a la merde des cochons qui sert de combustible….

Quasiment sans eau, sans arbres (Exclusif : on a trouve le seul arbre qui cache la foret, voir photo), sans vegetation, sans agriculture, et dans des conditions climatiques extremes, ils arrivent a survivre avec quelques marecages et la production que generent les animaux qui grapillent les quelques herbes rases, seule chose disponible a perte de vue sur cette terre hostile.

L’eau va se chercher avec une charrue qui pourrait tourner dans un film du moyen age, a 3km de la (voir photos). On puise l’eau a l’interieur d’un pneu de tracteur a l’aide d’une ecuelle qui remplira ensuite un bidon d’essence rouille, troue en son centre (voir photo). Un autre jour, nous sommes alle recuperer de l’eau croupie au fond d’un puit a l’aide d’un morceau de chambre a air de voiture, fermee a une extremite par deux morceaux de bois mal cloues qui laissent echapper 30% du precieux liquide a chaque remontee. Des la premiere remontee, l’eau versee dans un bidon de lait laisse apparaitre un nuage marron, quelques insectes qui pataugent gaiement... et comble de surprise, un gros rat mort qui a certainement eu prealablement le temps de faire sa toilette dans cette eau croupie que l’on boira après l’avoir chauffe pour en faire du the ou cuire de futures raviolis….gloups….

Le lait qui se recupere a l’ancienne (avec la vache qui bouge pendant la traite et le pot de lait qui se renverse….) se decline en une vingtaines d’applications dont de nombreuses inconnues chez nous. Les plus prisees de ces declinaisons sont la peau du lait bouilli et la crème qui sont tartinees sur du pain et saupoudrees de sucre (photo), un delice typiquement mongol offert a toute personne qui se presente dans la roulotte... c’est un prealable. La crème est separee du lait par une machine artisanale qu’on n’oserait meme pas utiliser en demonstration dans un musee (photo).

Dans la roulotte, des personnes arrivent et repartent a toute heure d'on ne sait ou, certaines fois restent dormir pendant qu’une autre partie de la famille est absente (probablement en train de dormir ailleur dans une yourte a quelques dizaines de km de la). L’hospitalite mongole se doit d’acceuillir n’importe qui a l’improviste en lui offrant le souper et le couchage. De ce fait decoule une particularite etonnante : au fin fond de la mongolie, tout ce qui peut etre mis sous clef possede un cadenas, car de trop nombreux mongoliens après avoir bu (+ de 50% de la population) oublient leur statut d’invites et confondent leur biens avec ceux d’autrui. La notion de propriete n’existe pas vraiment en mongolie ; ce n’est pas encore dans les moeurs.

Les Mongoliens sont souriant, joyeux, joueurs, acceuillants, ils offrent tout le peu qu’ils ont et nous rappellent que meme dans un desert inhumain, avec quasiment rien et dans des conditions climatiques extremes, on peut vivre heureux et bien portant grace a l’entraide et l’optimisation des ressources.

Les chevaux en mongolie sont petits, a l’image des mongoliens, et facile a driver, ils obeissent aux doux mots de chu pour le trot et chuuuuu pour le galop, et son tres reactifs, on a teste. Sur ces collines a pertes de vue, nous croisons ca et la des renards, des troupeaux de 1000 gazelles sauvages, rats et autres aigles des steppes.

Paradoxe Mongole, les routes sont jonchees de dechets occidentaux. Tous les mongoliens, sauf rare exception, jettent leurs bouteilles vides et autres detritus par les fenetres des bus ou des voitures sans aucun embarras... la poubelle, c’est juste dehors !!! (voir photos) Et les bords des habitations regorgent de dechets en tout genre….quelle tristesse !

La proprete est un mystere en Mongolie, et si tout est toujours sale et qu’ils ne se lavent pas en dehors des toilettes de chat, il n’en reste pas moins qu’on ne se sent pas sale, meme après 10 jours. Le corps ne sent pas la transpiration et les vetements ne sentent rien... meme pas les chaussettes qui sentent encore la lessive après une semaine! Du jamais vu ! Une experience a vivre (meme si on a adore notre premiere douche…)

Pour un mongolien, 5km chez nous equivaut a 1km chez eux. Ils ont l’habitude de parcourir de nombreux km et ca se voit. Le temps est rythme des l’aube par la traite des animaux, le paturage, la cuisine et autres activites permises jusqu’a la tombee de la nuit. Le soir, on vit au rythme d’une seule bougie et des invites qui s’improvisent (toujours differents) dans cette petite roulotte pleine de vie, transformee pour quelques heures en bar de quartier au plus fort d’un match de foot.