Suite:

Un jour alors que nous étions de sortie dans le désert

pour notre activité sanitaire et de prévention, nous vîmes

devant nous un nuage noir venant du Sud. Ce nuage

n'était pas comme les autres. Il était le seul dans un ciel

bleu clair. Sa couleur était bizarre virant entre le marron

et le noir. C'était un nuage qui changeait constamment de

forme mais toujours compacte.

 

Nous nous étions arrêtés intrigués par ce phénomène que

nous voyons pour la première fois de notre vie. Certains

parmi nous prirent peur et commençaient à réciter des

prières demandant à Dieu de nous protéger. Moi je

regardais fixement le ciel pour comprendre. Je prenais

parfois les jumelles mais celles-ci n'étaient pas assez

puissantes pour pouvoir distinguer ce mystérieux nuage.

Ce qui était étonnant : c'est qu'il se déplaçait avec une

rapidité déconcertante. Au début, ce nuage était petit

mais au fur et à mesure qu'il avançait nous comprimes

qu'il était en fait gigantesque.

 

Une quinzaine de minutes plus tard, nous constatâmes

que des insectes volants venaient vers nous. C'étaient des

criquets. Oui ,des criquets pèlerins. Tels que ceux que

jadis nos grands parents aimaient à nous raconter les

méfaits. Pour nous qui n'avions jamais vu ce genre

d'insecte nous l'imaginions tel un monstre volant dévorant

tout sur son passage. Notre imagination en avait fait un

insecte de très grande taille avec des mandibules horribles

et destructrices avalant tout ce qui se présentait à lui.

 

Au début, ils n'étaient pas très nombreux. Le nuage avait

grossi. Il était à quelques centaines de mètre de nous.

C'est à ce moment là que nous comprîmes qu'il s'agissait

d'un essaim monstrueux de criquets pèlerins. Pris de

panique, nous retournâmes dans nos véhicules et nous

nous enfermâmes dedans. Les criquets arrivèrent à une

vitesse incroyable. Nous n'entendions plus que le choc

assourdissant de ces millions d'insectes sur la tôle et les

vitres de nos véhicules. En un clin d'oeil tout était couvert

de criquets. Pas un centimètre de libre. Tout: le sol, les

véhicules, tout était couvert de ces insectes qui en

bougeant grattaient la tôle en même temps que d'autres

venaient à une vitesse pas possible frapper le véhicule. A

l'intérieur, dans une obscurité totale, nous nous sentions

en sécurité.

 

Mais une inquiétude commençait déjà à me ronger. Et si

ces insectes entraient dans le moteur, le pot

d'échappement... Et s'ils mettaient en panne nos seuls

moyens de locomotion dans le désert. C'était l'effet des

nombreux films d'épouvante que j'étais obligé de voir

malgré moi avec mon collègue médecin...Je demandais

alors au chauffeur de mettre en route le moteur et de

faire fonctionner les essuie-glaces pour voir l'autre

véhicule. Eux aussi en avaient fait de même. Le spectacle

était saisissant. Le sol était jonché de millions de criquets

 bougeant, sautant de tous les cotés. Tout bougeait. Les

arbustes avaient changé de couleur. Ils étaient désormais

jaune-orangés, marrons... Pas une branche, pas une

feuille n'était visible. Nous avançâmes lentement pour ne

pas perdre de vue l'autre véhicule. Nous entendions les

crépitements des criquets écrasés sous les roues. Notre

vue était brouillée, tellement les criquets étaient

nombreux et volaient en tout sens. Après quelques

minutes la visibilité s'améliora. Nous commencions à

sortir de l'essaim. Les criquets devenaient peu à peu

moins nombreux. Nous nous arrêtâmes pour nettoyer les

pare brises qui avaient changé de couleur rendant trouble

la visibilité. En descendant de nos véhicules, nous

constatâmes avec effroi la capacité destructrice de ces

insectes qui contrairement aux histoires contées par nos

grands parents étaient bien plus petits. Mais ceux-ci

avaient raison en nous parlant de leur effet plus que

néfaste pour les plantations. Il ne restait plus la moindre

feuille sur les arbustes alentours. Plus rien que de simples

branchages vides de vie. L'essaim de criquets pèlerins

continuait vers le Nord son périple...

 

Un petit insecte qui ne peut nous faire aucun mal

directement peut, s'il vit en une communauté de millions

de ses pairs, faire du mal à des millions d'êtres humains

bien plus grands que lui. C'est terrible de constater cela.

 

C'est vrai: on est bien peu de chose...

A suivre...