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Ce matin le ciel s'assombrit petit à petit de gros nuages

gris. Un orage s'annonçait donc. Heureusement que nous

avions été rapides à lever le camp car une pluie diluvienne

venait tout d'un coup de s'abattre sur nous. Nous

continuons notre chemin qui est devenu très facile

d'accès. La pluie a vite fait de rendre le sable compact et

dur. Bachir notre chauffeur était en extase. Il aime rouler

dans ces conditions. Plus d'ensablement pour les

véhicules donc plus de perte de temps. Ce qui veut dire

que nous pouvons faire du très bon travail. Ainsi nous

pouvons aller de campements de nomades en campements

en un temps record. Nous vaccinons donc plus d'enfants

et nous traitons plus de personnes. J'aime le travail dans

ces conditions.

 

A bord de notre 4X4, Bachir me lança:" Maintenant le

sable est plus dur qu'une route goudronnée. " Bachir qui

aime rouler à travers le désert a toujours un sentiment

d'infériorité face à cette nature difficile à ce désert

hostile. Mais quand il trouve l'occasion il lui lance des

défis. Il le parcourt de long en large dans les conditions

les plus extrêmes (chaleurs de l'été, tempêtes de sables

du printemps, pannes de toutes sortes, manque d'eau...).

Défiant ce désert de sable, il roule sur les dunes,

cherchant les plus hautes, les plus difficiles. " Il n'y a que

quand il pleut que je peux m'offrir le plaisir de les

grimper avec mon 4X4." me dit-il.

 

Bachir a une autre passion: poursuivre les gazelles. Il aime

les défier dans leur vitesse et leur agilité. En roulant, il lui

arrive très souvent d'en apercevoir. Il nous demande alors

de nous taire car nos voix peuvent être entendues à des

kilomètres par les gazelles à l'ouïe fine. Il nous dit

souvent: " Les gazelles entendent vos voix mais

n'entendent pas le bruit du moteur de notre véhicule ".

Cela est vrai, car je l'ai vu à plusieurs reprises. Ce n'est

qu'à quelques mètres à peine que, nous voyant, les

gazelles effrayées détalent à toute allure dans tous les

sens. C'est leur tactique. Mais malin comme Bachir il n'y a

pas. Déjà de loin, il a choisit le meilleur, le mâle le plus

robuste reconnaissable à sa couleur plus foncée et à ses

longues cornes. Et commence alors une course poursuite

infernale. C'est beau de voir d'aussi prés une gazelle

faisant des bonds comme pas possible. Mais les gazelles

ont appris à feinter leurs poursuivants par des

mouvements en zigzag ou des demi-tours brusques. Très

rapidement la gazelle a tôt fait de nous diriger vers un

endroit inaccessible et fuir loin de cet endroit. C'est alors

là que Bachir arrête le véhicule, en descend et essaie de

mesurer la distance entre les bonds tracés sur le sable. Il

nous arrive parfois de trouver des distances dépassant les

4 mètres. Puis nous reprenons notre chemin après cette

petite escapade: péché mignon et incompréhensible de

Bachir. Il ne peut s'empêcher de poursuivre une gazelle

dès qu'il en voit une. Parfois lors de ces courses, la

gazelle me fait pitié quand cela dure longtemps. Je

demande à Bachir de la laisser tranquille mais rien n'y

fait. Il s'entête à la poursuivre jusqu'à ce qu'elle puisse lui

échapper. Une fois, nous avons même failli renverser le

véhicule sur le coté. Et moi, superstitieux envers les

gazelles, je lui dis à chaque fois qu'il aura un malheur à

les poursuivre de cette façon. Il me répond toujours qu'il

ne leur fait aucun mal, lui, contrairement aux chasseurs."

Je leur fais de l'exercice pour qu'elles fuient les

chasseurs." me dit-il souvent.

 

En effet, depuis les quelques années que je vis dans ce

désert, j'ai remarqué que les gazelles devenaient de plus

en plus rares. Il faut parcourir des centaines de kilomètres

pour en rencontrer quelques unes. Il y a une dizaine

d'années, il ne fallait qu'une dizaine de kilomètres pour

en trouver. Elles vivaient même en troupeaux de 10 à 20

éléments. Actuellement, il est extrêmement rare de

rencontrer un troupeau de gazelles.

 

Le désert est sillonné de long en large par les traces de

4X4 de chasseurs. Ceux ci, en toute impunité, massacrent

ces pauvres et innocentes bêtes. Les lois sont strictes. Les

gazelles font partie des animaux protégés en Algérie.

Mais aucune application des lois n'est en vigueur. Les lois

ne sont pas assez sévères. Des chasseurs ont été arrêtés

et ont reçu des amendes qu'ils ont vite fait de payer.

 

La viande de gazelle est très prisée dans certains milieux.

J'ai appris avec stupéfaction que meme leurs cornes

étaient recherchées. Les habitants d'Arabie Séoudite

croient dur comme fer que les cornes de gazelle ont des

vertues aphrodisiaques puissants. C'est d'ailleurs toujours

les memes qui ne pensent que sous la ceinture...!!! Donc

les futurs pélerins allant à la Mecque recherchent,

achétent et découpent en tranches ces fameuses cornes

pour les faire passer incognito à travers les mailles plus

ou moins larges (c'est selon...) des douanes. Arrivés sur

les terres saintes, les pélerins trouvent rapidement

acheteurs auxquels ils vendent à prix d'or la précieuse

marchandise. L'argent gagné servira aux achats à la fin du

pélerinage. Ce que sans doute ces pélerins ne savent pas:

c'est qu'en voulant se laver de tous leurs péchés lors de

ce pélerinage, ils en commettent un de plus en

contribuant au massacre de ces innocents animaux dans

un but lucratif.

A suivre...