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En fin d'après-midi, nous étions arrivés dans un

campement immense appartenant à un patriarche âgé de

plus de cent ans. L'âge n'a aucune importance chez les

nomades. D'ailleurs peu d'entre eux connaissent leur

véritable âge et ne sont inscrits dans aucun Registre

d'Etat Civil. C'est le plus riche nomade de la région. Il

possède plus de 2000 têtes de moutons et de chèvres et

plus de 300 dromadaires. Il règne en maître dans ce

campement où vivent ses 11 fils tous mariés et pères

d'environ 7 enfants chacun. Après avoir fini de vacciner

les enfants et les quelques femmes enceintes, il nous

invita à dîner chez lui. Nous ne pouvions refuser car ce

serait un affront pour lui. De plus nous voulions aussi

profiter d'une telle occasion pour nous soustraire de toute

la corvée du dîner. Nous étions donc comme des rois

attendant leur dîner.

 

Avant le coucher du soleil, on nous ramena un très bon

couscous et du méchoui. Les hôtes nomades n'aiment pas

nous tenir compagnie lors du dîner car ils considèrent que

l'invité doit bien manger et boire et qu'il ne manque de

rien. Eux, ils ne mangent qu'à la fin, seuls. La situation

était complètement renversée: c'était nous qui invitions

nos hôtes à partager notre repas qui était en quantité

plus que suffisante. A la fin, le patriarche nous invita à

nous écarter du campement et à nous installer en haut

d'une petite dune pour y passer la soirée.

 

 

Le patriarche arriva enfin en se déplaçant péniblement

jusqu'à l'endroit où nous étions couchés ou assis à même

le sable fin. Les nomades aiment veiller tous les soirs car

là, il n'y a ni télévision ni poste radio ni aucune

distraction à des centaines de kilomètres à la ronde. Donc

les personnes âgées qui ont enregistré depuis leur

enfance des centaines d'histoires se font un plaisir

incroyable à vous les conter. Tout y passe des anecdotes,

des histoires farfelues de djinns ou de fantômes, de la

poésie, de leur expérience de la vie... C'est donc autour

d'un feu pour nous éclairer et donner un atmosphère de

mystère que le patriarche nous conta une longue histoire

effrayante de djinns.

 

 

Pendant ce temps et tout en écoutant cette histoire,

j'avais entre mes mains une puissante lampe torche que

j'allumais pour voir dans l'obscurité la plus totale les

dunes environnantes. J'aime à voir les courbes et les

formes dessinées par la lumière sur les dunes. La lampe

torche projetait très loin son rayon lumineux. Soudain en

faisant passer la lumière sur un fond très obscur, je vis

des milliers de points verts lumineux bougeant. Je ne cru

pas mes yeux. Je pensais que cela était peut être du à la

fatigue récoltée la journée. Je frottais mes yeux. Mais

rien, les points étaient encore, bel et bien, là. Je ne

pouvais pas interrompre le patriarche dans sa narration.

Cela ne se faisait pas. J'avais aussi peur de me ridiculiser

en demandant si ce que je voyais était vrai ou pas.

Puisque le ridicule ne tue pas. Je posai la question même

si le patriarche n'aimerai pas cette impolitesse de ma

part. Tous se tournèrent vers ce spectacle ahurissant. Le

patriarche éclata de rire et me dit:" Mais c'est mon bétail

qui arrive des pâturages environnants !!". "Comment?":

m'interloquai-je. " Oui, ce que tu vois, docteur, ce sont

leurs yeux réfléchissant la lumière de ta lampe torche. Eh

oui, c'est notre science à nous les nomades, docteur, toi

tu sais guérir les gens et moi je sais reconnaître mon

bétail.": me répondit, l'air intelligent, le patriarche. C'est

alors tout bêtement que je me rappelais qu'effectivement

les animaux en particulier les mammifères possédaient

une pigmentation fluorescente au fond de leurs globes

oculaires qui pouvait faire réfléchir la lumière.

 

Le conte du patriarche m'avait transporté, sans le vouloir,

dans un état second lors duquel je ne pouvais pas déduire

intelligemment ce que je voyais. Hypnose ???