A partir de maintenant je vais vous raconter

des instants de notre aventure dans le désert.

 

Après avoir parcouru plusieurs kilomètres dans le désert et avoir vacciné et traité quelques dizaines d'enfants et d'adultes, nous avons décidé de nous arrêter et d'établir notre campement sous la plus grande dune que nous avions déjà aperçue il y a quelques heures.

Nous avons vidé les véhicules de leur contenu. Les ustensiles de cuisine doivent être préparés. La préparation du dîner doit se faire avant la tombée de la nuit. Le ramassage du bois mort doit aussi se faire en grande quantité. " Attention, ne me ramenez pas de bois vert. Respectez la nature. Je ne veux que du bois mort sinon je ne vous ferai pas de dîner et vous vous débrouillerez seuls! ": nous prévint notre guide-chauffeur Bachir.

Le ramassage du bois est une corvée au sens propre du terme car il faut aller à pied sur des dizaines voire des centaines de mètres et tirer ces branchages qui peuvent parfois être lourds et ainsi de suite jusqu'à former un tas de bois prés de Bachir qui prend un malin plaisir mêlé de sadisme à nous dire: " Non c'est encore insuffisant. C'est pas du bois çà. Ce sont des brindilles. Je vous demande du gros bois !! Non mais... vous me comprenez ou pas ? "

Pour se changer les idées, quelques personnes de notre équipe voulaient passer un peu de temps à chasser le lièvre du désert car la nuit allait être sans lune: une nuit noire. C'est une nuit idéale à la chasse. Pour cela, ils ont besoin d'un bon 4X4 et d'un sloughi (un chien lévrier du désert). Grâce à un projecteur, une personne assise à l'arrière essaye de dépister un lièvre et de l'aveugler avec la forte lumière émise. Le sloughi à la vue du lièvre se jette du véhicule roulant toujours à vive allure. Une poursuite infernale s'ensuit alors, jusqu'à sa capture par le sloughi qui le retient grâce à ses crocs sans pour autant le tuer. Arrivés à leur niveau, l'un des apprentis chasseurs descend du véhicule pour égorger le lièvre et le déposer à l'arrière du véhicule. Et ainsi de suite, la chasse continue durant presque toute la nuit.

Une seule fois, j'ai participé à ce genre de chasse. Je ne le referai plus car cela a été pour moi une expérience terrible et éprouvante. Le fait même de chasser me semble mauvais, car il réveille en vous un instinct animal et sauvage enfoui dans votre inconscient. Une montée d'adrénaline se produit en vous lors de la chasse. Une excitation indescriptible s'empare de vous. On devient fou. Dans ces instants, si cela vous est possible, vous ne vous arrêterez pas de chasser. Vous aurez envie de massacrer tous les lièvres qui s'offrent à vous. Vous ne faites même plus de distinction entre un mâle ou une femelle. L'essentiel est de chasser. A ce moment là, on ne chasse plus pour le besoin de goûter à la viande succulente du lièvre. On chasse pour le plaisir de chasser, pour l'adrénaline que cela procure. Tant pis pour l'écologie. On ne pense qu'à soi, c'est tout...

A suivre ...