Arrivés chez les nomades, nous sommes obligés de

suivre certaines civilités que peu de personnes

connaissent. Il ne faut par exemple jamais garer

véhicules face aux entrées des tentes mais toujours

les garer derrière pour ne pas déranger les femmes

qui seraient obligées de se voiler ou de se cacher le

visage. Nous ne devons pas descendre de nos

véhicules avant qu'un homme ne vienne nous

accueillir. Là seulement nous pouvons en descendre

et boire le lait de bienvenue. Jamais un nomade ne

vous laissera partir sans vous inviter à prendre avec

lui son déjeuner ou son dîner et cela quelque soit le

nombre de notre équipe (elle varie de 10 à 15

personnes). Les nomades ne lésinent pas sur les

moyens et égorgent pour la circonstance un mouton.

Il nous est arrivé qu'en une seule journée deux

moutons ont été sacrifiés à notre intention (un pour

le déjeuner et l'autre pour le dîner). La générosité et

l'hospitalité des nomades est légendaire. Nous ne

pouvons en aucun cas ne pas accepter. Cela serait un

véritable affront pour eux.

 

Ces nomades sont totalement illettrés et le plus

souvent ne possèdent aucune carte d'identité ou

même de livret familial d'Etat Civil. Rien ne peut

nous permettre de savoir si ces gens sont algériens

ou pas. Ils possèdent des noms et prénoms et

peuvent nous indiquer le nom de leur tribu. Ils n'ont

aucun accès aux informations. Certains ne

connaissent même pas le nom du président de la

République algérienne. Ils ne connaissent pour la

plupart pas ce que c'est que l'électricité ou le gaz.

 

Heureusement pour nous ces nomades ont compris

une chose: la vaccination de leurs enfants et de leurs

femmes a sauvé leur vie. Les maladies telles que la

poliomyélite, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche,

la tuberculose, la rougeole et l'hépatite B n'existent

plus chez eux depuis qu'ils ont commencé à se faire

vacciner. Pour ce qui est de la vaccination de leurs

animaux d'élevage, les vétérinaires m'ont confirmé

que ce n'est que depuis deux ou trois ans qu'ils ont

commencé à comprendre les bienfaits de cette

vaccination.

 

Notre problématique demeure et reste toujours leurs

continuels déplacements dans le désert à la

recherche de nouveaux pâturages. Nous devons les

rechercher sans cesse et nous perdons souvent les

traces de certains d'entre eux qui vont dans les pays

voisins ou simplement dans des départements

voisins.

Notre activité sanitaire est un travail de longue

haleine. Il nous arrive parfois de vacciner durant

toute une journée une dizaine de personnes

seulement. On a parfois tendance à fléchir et à nous

poser des questions sur tout ce travail que nous

pratiquons parfois au péril de nos vies. Il arrive que

nous avons des fois envie de jeter l'éponge mais

quand on voit notre travail dans sa globalité nous ne

pouvons que nous satisfaire du parcours fait depuis

ces quelques années.

 

Nous avançons parfois lentement mais sûrement.