Reparti bredouille de Cannes, dont il détient pourtant le record de sélection (17!) et une Palme d’or (Pour Le Vent se lève en 2006), Ken Loach était de retour, il y a quelques jours, à Paris pour la sortie de Jimmy’s Hall, annoncé comme son dernier film. Pourtant toujours bon pied bon œil, malgré ses 78 ans, le plus engagé des réalisateurs anglais, avait annoncé l’an dernier son intention de prendre sa retraite pour se consacrer aux films documentaires.Il s’est un peu ravisé depuis, semble-t-il…

Jimmy’s Hall est-il votre dernier film?

Honnêtement, je ne sais pas. Cela fait longtemps que je fais ce travail et il demande beaucoup d’énergie. Peut-être est-il temps de m’arrêter.On verra.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter l’histoire de Jimmy Gralton?
Paul Laverty, avec qui je travaille depuis 20 ans, avait entendu parler de lui par un ami dramaturge.En faisant des recherches, il s’est aperçu que tous les documents le concernant avaient disparu des archives nationales, Comme si on avait voulu effacer toute trace de son existence. En plus de lui rendre justice, ce qui était intéressant pour moi, c’est que son histoire se passait tout juste dix ans après celle du Vent se lève. On pouvait voir les conséquences de ce qui était raconté dans le film, dix ans plus tard.

En quoi Jimmy est-il un héros, à vos yeux?

C’est typiquement le genre de personnage qu’on voit peu au cinéma ou la télévision.Les films d’aujourd’hui racontent des histoires de victimes, de criminels, de gens amoureux ou frappés par le destin, mais rarement de personnages intelligents avec une conscience politique affirmée. Pourtant ces gens-là existent! (rires).Il y en a des milliers.J’en rencontre tous les jours. À l’heure où je vous parle, il se tient sûrement dans cette ville des réunions politiques où on débat de la crise, de la politique internationale… Mais on ne voit jamais cela à l’écran. Jimmy Gralton avait pour lui sa jeunesse, son sens de l’humour, une légèreté qui le rendait facile à faire apprécier par le public

Était-ce aussi, pour vous, une manière de parler du monde d’aujourd’hui?

Il y a de nombreuses similitudes avec la période de la Grande Dépression, qu’a bien connue Jimmy Gralton. C’est pour cela que le film commence par des images du crash boursier de 1929 à New York, où il vivait à cette époque. Aujourd’hui, on voit les mêmes causes produire les mêmes effets, avec la montée de l’extrême droite en Europe.

Pourtant Jimmy’s Hall est un de vos films les plus solaires.C’est presque un « feelgood movie »

À travers le jazz, la musique et la danse, qu’il rapporte des États-Unis, Jimmy fait souffler un vent d’optimisme et de modernité dans la campagne dont il est originaire.C’est une source d’inspiration et de solidarité pour la communauté.C’est subversif, car le pouvoir préfère que les gens aient peur et se réfugient dans le cynisme, dans l’idée que, de toute façon, il n’y a rien à faire collectivement et qu’il ne faut s’occuper que de soi même.Le cynisme est le terreau rêvé pour le fascisme.

Votre cinéma est-il une arme contre le cynisme?

Il peut aider à envoyer un message positif et plein d’espoir. Mais ce n’est pas parce qu’on fait des films de résistance qu’ils sont bons. On ne peut pas se lancer dans un projet comme celui-là en se disant qu’on va faire un film engagé, sinon c’est de la propagande. Faire des films avec le poing en l’air, ça devient vite emmerdant. L’important c’est d’avoir une bonne histoire à raconter et des personnages auxquels s’attacher.

Comment avez-vous vécu l’échec du film à Cannes?

Cannes est toujours une expérience positive, indépendamment des prix qu’on y reçoit ou pas. L’important c’est d’y être et Thierry Frémaux a un vrai talent pour faire sentir que vous y êtes le bienvenu et que votre film y est à sa place.
Un pronostic du fan de football que vous êtes sur l’issue de la coupe du monde?
Je pense qu’un pays d’Amérique du Sud va gagner.L’Argentine sera particulièrement difficile à battre.