« Fusillade de souvenirs dans les rues de Marseille! » Après Le soleil brille pour tout le monde?son hommage remarqué à Prévert, Frédéric Nevchehirlian, alias Nevche désormais, publie Rétroviseur, un album somme, conçu comme un road movie, dans lequel il raconte son adolescence marseillaise . Mélange de spoken word et d’electro pop, un mix qu’il pratiquait avant que #Fauve ne le rende branché (« Rendez-nous l’argent »), le disque fait partie des réussites de la chanson rock francophone depuis le début de cette année, quelque part entre #Fauve et Detroit, le groupe de Bertrand Cantat. Mais par ses visées autobiographiques et ses références cinématographiques, c’est surtout à Rio Barril de Florent Marchet ou au Tukumkari de son grand ami Sammy Decoster que l’on songe en l’écoutant.
«Je voulais faire un disque qui parle de Marseille différemment de ce que l’on entend aux journaux télévisés ou de ce qu’on lit dans la presse parisienne, confie Nevche de sa voix doucement traînante. Un disque sur mon adolescence qui explique l’homme que je suis aujourd’hui.Je ne suis pas nostalgique, ni dans le « c’était mieux avant » mais je crois que c’est en étant ultra-personnel, en parlant de l’intime que l’on peut toucher à l’universel ». Il a ainsi conçu un récit en petites bulles mémorielles, qui avance comme un road movie dans un paysage mental accroché à ses racines marseillaises.
Les références au cinéma français des années 70, section Melville-Piccoli, y sont nombreuses, mais on y perçoit aussi l’influence de Drive, le polar hypnotique de Nicolas Winding Refn.« Le son est plus electro pop que dans mes deux disques précédents », concède Nevche, qui a travaillé les arrangements avec Jean Lamoot, collaborateur de Bashung, Noir Désir, JLAubert et Mano Solo. Une rencontre fructueuse, qui tire la musique de Nevche vers des formes plus classiques que celles qu’on lui connaissait jusqu’ici.A l’image de s « Grands brulés de l’amour », un titre dans lequel le Marseillais abandonne presque le mode récitatif pour la mélodie chantée. Une indéniable réussite qui, dans un monde meilleur, lui vaudrait de passer sur les radios FM et de faire un joli tube…
Mais Nevche n’en a cure : «J’avais des rêves, j’ai essayé de les réaliser dans mon coin », conclut-il. Fondateur et animateur de la coopérative culturelle Interne/Externe (12 salariés), il produit, organise des concerts et des festivals, tourne ses clips et réalise tous ses projets musicaux en totale indépendance, prouvant qu’on peut, comme il dit, « vivre de la musique de façon différente en région » et « inventer un avenir à une filière musicale qui s’est effondrée ».
Dans le miroir chasseur de son Rétroviseur, c’est son avenir et celui du rock en région que Nevche voit se dessiner.