Cruel World », « Ultraviolence » « Sad Girl » « Pretty When You Cry » Houla! Ca ne va pas mieux on dirait pour Lana Del Rey, à en juger par les titres des chansons de son nouvel album.Les interviewes qui accompagnent la sortie du disque ne sont pas plus rassurantes: «J’aimerais être déjà morte » (The Guardian), « Je recherche la compagnie des esprits » (Les Inrocks), « Je ne suis pas heureuse » (Paris Match)... Bonjour tristesse!
Faut-il, pour autant s’inquiéter de la voir rejoindre le fameux « Club des 27 », regroupant les artistes morts à l’âge de 27 ans (qu’elle vient d’atteindre)? Probablement pas. D’abord, parce que le spleen lui va si bien et qu’elle en use comme un instrument de promotion. Et avec quel succès! Déjà intitulé « Born to Die » (« Née pour mourir »), son premier album, sorti en 2011, s’est écoulé à 7 millions d’exemplaires.Et ceux qui l’avaient démoli à sa sortie sont bien forcés de reconnaître qu’il a marqué de son empreinte le début de cette triste décennie de crise. Pour répondre aux critiques qui s’acharnaient sur son physique de poupée bling-bling, ses chansons pleurnichardes et ses prestations scéniques navrantes, la drama queen débutante avait pourtant annoncé qu’elle quittait le métier. Résultat: elle n’a pas lâché la Une depuis 3 ans! On l’a vue à Cannes (deux fois, dont une le mois dernier au gala de l’AmfAR), à Monaco (une fois et elle y revient le 4 juillet), de nouvelles chansons sont sorties sur internet quasiment tous les mois (les 10 premières sont allées sur l’édition « Paradise » de Born to Die) et deux sont allées sur des BO de films (The Great Gatsby et Maléfique).Il parait même qu’elle a mis à la poubelle toutes celles qui étaient prêtes pour son deuxième album lorsqu’elle a rencontré Dan Auerbach, le leader des Black Keys, et qu’elle a décidé de le suivre à Nashville pour tout reprendre à zéro.Pas mal pour une déjà presque retraitée au bout du rouleau!

Cover Ultraviol 300CMYK WEB Vous avez dit Joni Mitchell ?
Contrairement à ce qu’on lit ici ou là ( et à ce qu’elle chante dans ses nouvelles chansons), on s’attend donc plutôt à la voir durer et on se réjouit d’avance de la revoir le mois prochain à Monaco, où elle fera l’ouverture du Sporting Summer Festival (1).
Et l‘album alors? Pas mal pour un deuxième. Il y a comme une malédiction qui s’attache aux disques de filles et les empêche généralement de concrétiser les espoirs placés dans leurs premiers disques.La liste est longue de Tracy Chapman à Amy Winehouse, en passant par Tanita Tikaram, Suzan Tedeschi ou Alanis Morisette, de celles qui n’ont jamais réussi à faire mieux (ni même aussi bien) que leur premier album. Lana Del Rey ne semble pas devoir suivre ce triste chemin. Certes, il n’y a pas sur Ultraviolence de hits aussi évidentsque « Born to Die », « Blue Jeans », « Video Game », « National Anthems », « Summertime Sadness » ou « Ride ».Et l’album sonne comme s’il avait été enregistré dans les années 70 à Laurel Canyon (vous avez dit Joni Mitchell?) plutôt qu’en 2014 dans un studio 84 pistes.On peut le regretter et estimer que les chansons de Lana Del Rey se prêtent mieux à des orchestrations cinématographiques que psychédéliques (le pêché mignon de Dan Auerbach) ou noisy. Mais le disque s’écoute d’un trait et il se bonifie à chaque passage. Moins immédiatement accrocheuses dans leurs atours folk-rock, les chansons se révèlent au fil des écoutes (« West Coast » et « Guns and Roses » sont nos préférées pour l’instant).Les textes sont pleins d’humour au second degré (« I Fucked My Way to the Top », « Money Power Glory ») et les progrès de la chanteuse sont carrément épatants.Au point qu’elle peut se permettre de reprendre du Nina Simone (« The Other Woman ») sans faillir. Qui l’eut cru?