Saint Laurent, deuxième! Après le film de Jalil Lespert (gros succès public), celui de Bertrand Bonello. Un de trop? Même pas! Le premier était un biopic classique et soigné, façon « biographie autorisée ».Le second est une évocation plus libre, plus littéraire, plus arty. Mais pas moins séduisante, au contraire..
On pouvait attendre (ou craindre, c’est selon) du réalisateur Niçois, à la réputation vénéneuse (Le Pornographe, Tirésia, Cindy The Doll Is Mine, L’Apollonide), qu’il fouille délibérément le côté obscur du personnage pour en tirer un portrait aussi noir que celui de Lespert était lisse.Il ne s’en prive évidemment pas et ne cache rien de l’addiction de Saint Laurent aux drogues et des éléments les plus déviants de sa sexualité.
Pourtant, malgré leur aspect opératique, ce ne sont pas les scènes de défonce et d’orgies que l’on retient, mais plutôt celles, presque documentaires, du génie au travail, avec les petites mains de ses ateliers, celles d’essayage et de défilé (magnifique final en split screen), les scènes d’amour avec un Louis Garrel moustachu et étonnamment crédible, ou encore celles, plus dramatiques, de confrontation avec Pierre Bergé. Ce dernier a moins le beau rôle que dans le film qu’il a lui-même autorisé. Pour autant, là encore, Bonello se garde bien de noircir exagérément le trait, choisissant plutôt de laisser le personnage à la marge de son histoire. C’est aussi bien, car l’interprétation qu’en fait Jérémie Rénier, brun et bedonnant, n’est pas fameuse (Guillaume Gallienne était beaucoup plus convainquant dans le rôle). Gaspard Ulliel, en revanche, est plus que parfait en Saint Laurent. Parmi les nombreux prix auxquels pourra prétendre le film (scénario, mise en scène…), celui d’interprétation masculine pourrait légitimement lui échoir. On pourrait même imaginer un double prix d’interprétation pour ce rôle car celle qu’en livre Helmut Berger, en Saint Laurent vieillissant, est tout aussi saisissante. C’est l’une des (très) bonnes surprises de ce film, le meilleur qu’ait réalisé à ce jour Bertrand Bonello. Un superbe « Requiem pour YSL ».