À tout juste 39 ans, avec un seul long-métrage à son actif (l’excellent Monsters, un film indépendant réalisé en 2010 avec un tout petit budget), le réalisateur Anglais Gareth Edwards s’est vu confier les 215 millions de dollars de budget du film prévu pour célébrer le 60e anniversaire de la création de Godzilla, le mythique monstre des studios japonais de la Toho. Rude challenge qui n’a pourtant pas fait reculer ce fan de Star Wars, qui explique avoir voulu réaliser un « classique moderne de Godzilla » et y est parvenu au-delà de toute espérance .On n’avait pas vu un blockbuster aussi enthousiasmant depuis Jurassic Park! (voir critique) Rencontre avec le nouveau Steven Spielberg?

S’attaquer à un mythe tel que Godzilla, ça ne vous a pas effrayé?

Pour être tout à fait honnête, lorsque j’ai reçu ce coup de fil de dingue me demandant si je voulais réaliser Godzilla, j’ai pensé ils avaient dû se tromper de numéro! (rires). C’est vrai, que j’avais la trouille. Mais, en y repensant, j’avais encore plus peur de devenir le réalisateur à qui on a proposé de faire Godzilla et qui a dit non (rires).Ce n’est pas le genre de proposition qui vous arrive 150 fois...

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire du cinéma?

J’ai vu Star Wars si jeune que je ne me souviens même pas de la première fois.Ce dont je me souviens par contre c’est d’avoir pensé que quand je serai plus grand, je rejoindrai la rébellion et je détruirai l’étoile de la mort (rires).Quand j’ai compris que ce ne serait pas possible, que tout cela était un mensonge, j’ai décidé de devenir un menteur moi aussi et de raconter des histoires au cinéma. J’ai commencé dans les effets spéciaux et à 24 ans je me suis dit qu’il était temps de réaliser mon premier film.Je l’ai appelé Monsters et par chance il a très bien marché.

D’où vous vient cette fascination pour les monstres ?

J’ai toujours aimé la Science-fiction et dans la SF mon sous - genre favori, c’est le film de monstres.Je pense que la fascination pour les monstres est dans notre ADN.Elle vient de la peur qu’avaient sans doute les premiers hommes de voir leurs campements attaqués par des animaux sauvages.On a construit des villes pour éloigner les bêtes sauvages.Aujourd’hui, avec nos immeubles de 100 m de haut, il faut des animaux aussi grands que ça pour nous faire peur.Ca ne me dérangerait pas d’être catalogué comme réalisateur de films de monstres même si je ne veux pas faire que ça toute ma vie.

Que représente Godzilla pour vous : le Dieu nature?

Son nom japonais c’est Gojira, un mélange de baleine et de gorille.Il est devenu Godzilla dans la traduction occidentale, probablement pour faire écho à King Kong : le roi Kong, le Dieu Zilla, quelque chose comme ça. Je crois effectivement qu’il représente la mère nature dans notre film, tandis que les Muto, contre lesquels il se bat, sont le symbole des manipulations néfastes de l’homme sur la nature. Ils se nourrissent des radiations nucléaires, de sorte que les bombes atomiques qu’on considère comme notre moyen de défense absolu deviennent, en quelque sorte, la menace ultime...

Il y a eu une trentaine de films de Godzilla, mais on se souvient surtout de celui de Roland Emmerich en 1998. Comment s’en démarquer?

Les films de Roland Emmerich m’ont beaucoup appris.Mais il manquait à son Godzilla des choses que les fans considèrent comme essentielles dans un film de Godzilla.Il faut se rendre compte que, dans le monde entier, Godzilla est aussi célèbre que Mickey. Comme le film d’Emmerich n’est généralement pas considéré comme un « vrai » Godzilla, il n’existait pas de classique moderne de Godzilla. Je me suis dit que ce serait plus facile de m’y attaquer, plutôt que de faire un remake de Casablanca ou de 2001, Odyssée de l’espace.

Dans le Godzilla de 1998, il y avait Jean Reno, dans le votre Juliette Binoche.Y a-t-il une règle qui oblige à avoir un acteur français dans un film de Godzilla?

Oui, c’est comme ça : on ne peut pas faire de Godzilla sans acteur français (rires). Blague à part, le personnage que joue Juliette Binoche n’a que deux scènes: il fallait que le spectateur puisse tomber amoureux d’elle dès la première. Je ne voyais que Binoche pour réussir ça.