Lucas Belvaux (38 témoins, Rapt, La Raison du plus faible) parle de son adaptation, très réussie, du roman de Philippe Vilain, Pas son genre ...

Qu’est ce qui vous a poussé à mettre en images cette histoire d’amour impossible ?
J’ai entendu Clémentine Autain en parler un matin à la radio et ce qu’elle en disait m’a tout de suite donné envie d’en faire un film. Ce qui m’interessait, c’était justement qu’il s’agisse d’une histoire d’amour rendue impossible par la difference de classe sociale et de culture.C’est une histoire d’amour asymétrique, comme il y a des conflits asymétriques.

On dit pourtant que l’amour transcende tout.Ce n’est pas votre avis?
Non.Personnellement , je ne connais pas de couples désassortis socialement qui durent. Je crois même que ça de plus en plus difficile.Même la culture n’arrive plus à transcender les classes sociales. La gauche avait beaucoup travaillé sur l’éducation populaire en érigeant des figures artistiques comme Picasso ou Aragon en véritables héros. Il y avait, dans les classes populaires, au minimum du respect pour l’intellectuel ou l’artiste.Aujourd’hui, il y a un rejet de la culture sous l’impulsion des partis populistes. «Intellectuel», c’est devenu une insulte, l’inculture est de plus en plus ouvertement revendiquée. La culture est devenue un repoussoir. On vit dans un monde qui se communautarise. Regardez, il y a des sites de rencontres pour cadres, pour musulmans, pour catholiques de gauche…

Dans son dernier film, Un beau dimanche, votre amie Nicole Garcia démontre pourtant à peu près le contraire...

Sauf que son héros est en rupture totale avec son milieu social.J’aime beaucoup le film de Nicole, mais son histoire est celle de ses deux héros particuliers, dans un contexte précis.Elle n’a pas de portée universelle, contrairement à celle de Clément et Jennifer.

Contrairement au roman, centré sur le personnage de Clément ,votre film adopte tour à tour son point de vue et celui de Jennifer...
Philippe Vilain écrit de l’autofiction.Son roman est trés introspectif et je voulais éviter d’avoir recours à une voix Off qui aurait donné au pêrsonnage de Clément un coté froid et distancié.Je trouvais aussi dommage de n’avoir que son point de vue.J’avais envie de remettre les deux personnages à égalité, de leur donner plus de chair.

Comment avez vous choisi votre couple d’acteurs?

J’ai hésité longtemps à propos d’Emilie Dequenne que je trouvais presqu’un peu trop parfaite pour le rôle de Jennifer.Mais dès que je l’ai vue, il n’était plus question d’une autre.Elle fait partie de ces actrices qui ont une telle capacité d’incarnation qu’on ne peut imaginer personne d’autre à leur place une fois qu’elles se sont emparées d’un personnage. Qu’elle joue Rosetta ou Le Pacte des Loups , c’est pareil.Elle est comme le phénix : elle se consume dans un rôle pour mieux renaitre au suivant. Pour Clément, Loic Corbery a aussi été une évidence.Sa voix a fait la différence aux lectures de Kant ou de Beaudelaire. Leurs parcours professionnels très différents, lui à la Comédie française, elle au cinéma, servaient aussi leurs personnages. Sur le plateau, ça fonctionnait à merveille.