Allemagne, 1912. Friederich, un jeune diplômé d’origine modeste (Richard Madden), devient le secrétaire particulier d’Herr Hoffmeister, un homme âgé, patron d’une usine de sidérurgie (Alan Rickman). L’état de santé du patron se dégrade et lui impose de rester à domicile. Il y accueille le jeune homme pour l’aider à diriger l’usine à distance. Son épouse Lotte (Rebecca Hall) est une femme de trente ans, belle et réservée. Friederich s’éprend d’elle, sans oser révéler ses sentiments. Dans le huis clos de la luxueuse demeure, couve cette passion amoureuse, sans geste ni parole, tout en regards et en silences… Le très éclectique Patrice Leconte (La fille sur le Pont, Monsieur Hire, Le magasin des suicides, les Bronzés…) adapte cette fois une nouvelle de Stefan Sweig (« Le Voyage dans le passé ») pour ce drame romantique en costume et en anglais, à l’esthétique aussi soignée que le langage. Il parle de son travail d’adaptation…


Un réalisateur français adaptant en anglais un texte allemand…C’est quoi ce méli-mélo?
Il y a deux ans, Jerome Tonnerre m’a fait passer la nouvelle de Stefan Sweig en me disant qu’il y avait sans doute un film pour moi dedans.Effectivement le romantisme du texte m’a transporté dans des émotions formidables et j’ai tout de suite eu envie de partager avec le public les émotions qui avaient été les miennes à la lecture. Je l’ai rappelé le lendemain pour lui demander quand est-ce qu’on pouvait commencer à travailler ensemble à l’adaptation.

Pourquoi avoir choisi de tourner en anglais plutôt qu’en allemand ou en français?

Parce que ça me permettait de travailler enfin avec ces acteurs anglais que j’admire tellement dans les films des autres. J’avais effectivement envisagé de tourner en allemand, par respect pour l’auteur, mais c’est une langue que je ne parle ni ne comprends.Ca n’avait pas beaucoup de sens. Et j’aime beaucoup la musique particulière de la langue anglaise, surtout dans ce genre de films.

Vous n’avez jamais envisagé de transposer l’histoire en France?
Non, ce n’aurait pas été très respectueux envers Zweig dont l’œuvre est ancrée dans une réalité géographique et historique très précise. Même si le film, comme la nouvelle d’ailleurs, ne fait pas grand usage du contexte historique.La guerre de 1914 ne sert que de prétexte pour séparer les deux amants plus longtemps que prévu.

Pourquoi avoir modifié la fin?
Elle était trop pessimiste et désenchantée pour moi, je ne pouvais pas la filmer. Pas forcément pour faire un happy end, mais pour quand même laisser deux grammes d’espoir au spectateur.

Eprouvez vous un plaisir particulier à tourner un film en costumes?

J’y vois surtout un danger : celui de se laisser charmer par les décors et les costumes d’époque. Quand j’ai fait Ridicule, par exemple, je me répétais tous les jours : « Je ne fais pas un film d’époque ». Je m’en suis souvenu pour Une Promesse. En plus la mode de 1912 n’était pas spécialement sexy. Ce n’est pas évident de suggérer le désir la sensualité quand on ne voit pas un centimètre carré de peau.Il a fallu tricher un peu sur les costumes et multiplier les plans sur la nuque de Rebecca, ce qui ne me dérangeait pas car j’adore la nuque des femmes…

On n’attendait pas forcément Rebecca Hall dans ce rôle, après l’avoir vue chez Woody Allen (Vicky Cristina Barcelona)…
C’est vrai qu’elle a ce côté « Girl next door » mais dès que je l’ai vue en costume j’ai su que c’était elle.Je n’ai d’ailleurs casté personne d’autre pour le rôle.

Vous avez renoncé à vos projets de retraite, finalement?

Oui et je vous jure que je n’en parlerai plus. J’ai pris un tel plaisir sur ce tournage que ça m’a redonné le goût du cinéma après, c’est vrai, une période de doutes.

À quand les Bronzés 4, alors?

Il va falloir attendre un peu, car je voudrais qu’ils soient très vieux et en maison de retraite…Ce sera un film d’auteur en noir et blanc et ils seront encore plus odieux! (rires).