Dans un coin perdu du Mexique, Heli (Armando Espitia) vit avec sa jeune sœur Estela (Andrea Vergara), sa femme et leur bébé chez son père . Pour subvenir aux besoins de la maisonnée, les deux hommes travaillent dans la même usine automobile, seul îlot de modernité du secteur. Estela, qui n’a que 12 ans, fréquente un jeune apprenti policier (Juan Eduardo Palacios) qui voudrait l’épouser. Pour la convaincre de le suivre à la ville, il a la mauvaise idée de voler un paquet de cocaïne détourné des saisies policières et de le planquer chez elle. Heli découvre le paquet et s’en débarrasse.Trop tard, hélas : la brigade spéciale, qui a déjà arrêté le voleur, débarque en force. Le père d’Heli est tué dans l’assaut, le jeune garçon et sa sœur sont enlevés et livrés aux narcos…
Émule du Brillante Mendoza de Kinatay et sur une trame étonnamment similaire, le Mexicain Amat Escalante (Sangre et Los Batardos) confronte le spectateur à l’extrême violence de son pays avec des scènes particulièrement insoutenables. Dans l’une d’elles, deux jeunes garçons sont amenés dans la maison de narco-trafiquants.Ils sont frappés et torturés dans le salon, pendant que les enfants jouent à la Playstation et que la mère de famille fait tranquillement la vaisselle dans la cuisine.Délaissant leurs manettes de jeu, les enfants viennent donner quelques coups sans conviction et assistent sans broncher au martyre des malheureux, avant de revenir à leur écran, comme s’il n’y avait aucune différence entre le jeu et la réalité...
Prix de la mise en scène à Cannes, Heli est tout sauf un film aimable et donne même une vague idée de l’enfer (« hell » en anglais). Un an après sa projection cannoise, on en a encore la chair de poule.
Ph.D