Le salaud, c’est lui : Johnny Hallyday, alias Jacques Kaminsky, ex-photographe de guerre et père absent, qui s’est plus occupé de son appareil photo que de ses 4 filles, nées de 4 mères différentes.Rangé des grands reportages et installé à la montagne avec une nouvelle compagne (Sandrine Bonnaire), il voudrait rattraper le temps perdu avec ses filles qui le battent froid et refusent de venir le voir. Jusqu’à ce que son meilleur ami (Eddy Mitchell), croyant bien faire, invente un gros mensonge pour les réunir. Un rôle sur mesure pour Johnny, qui retrouve Claude Lelouch, 42 ans après L’Aventure c’est l’aventure, et se réjouit de donner la réplique à son grand ami Eddy…

Comment se fait-il que Lelouch ne vous ait pas rappelé plus tôt?
Je l’ai supplié pendant des années! Depuis le temps qu’on parlait de retourner ensemble, je n’y croyais plus. Claude Lelouch fait un cinéma humain, généreux, qui raconte la vie des gens. Je ne sais pas s’il a écrit le scénario en se servant de sa vie ou de la mienne, mais ce film emprunte un peu à nous deux.

La difficulté d’être père, c’est un sujet que vous connaissez bien?

À cause de mon métier, je n’ai pas toujours été aussi présent que j’aurais dû l’être pour mes enfants. Cela ne veut pas dire que je ne m’en occupais pas, mais je n’étais pas là tous les soirs, comme quelqu’un qui travaille dans un bureau et rentre chez lui. Avec les plus petites, Jade et Joy, je suis davantage présent, car je fais moins de tournées. Je les vois grandir, ce qui n’a pas été le cas avec mes aînés qui vivaient avec leur mère.

Ce n’est pas troublant de jouer des sentiments que l’on a pu éprouver dans la vie réelle?

Si bien sûr.Pour la scène où ma fille cadette pète les plombs et me traite de tous les noms à table, Claude ne m’avait pas prévenu. Cela ne devait être qu’une simple scène d’engueulade. C’était d’une telle violence et la petite était tellement bonne, que j’en ai pris plein la tronche. Je me suis vu en tant que père, avec ma propre fille. J’ai commencé à avoir les larmes aux yeux et j’ai lâché : « Putain, j’ai tout raté dans ma vie. », ce qui n’était pas dans le script et que Claude a gardé. C’est une scène d’une émotion formidable.

Idem pour la scène ou Sandrine Bonnaire vous embrasse?
Oui, là encore, je n’étais pas prévenu.Mais j’étais content! (rires).Je n’aurais jamais osé embrasser Sandrine et là elle se jette à mon cou.Merci Lelouch! C’est dans ces moments-là qu’on se dit qu’on fait un beau métier (rires).

Donner la réplique à votre ami Eddy, a dû aussi être un plaisir particulier, non?
Avec Eddy, on est amis depuis que l’on a 14 ans et on l’est toujours resté.On a grandi ensemble. On se complète bien car on est très différents; il est casanier et je suis aventureux. On nous a souvent dit rivaux mais c’est faux. Quand il avait du succès pour un album ou un spectacle j’étais content pour lui et vice versa. On m’a souvent proposé des films avec Eddy, mais j’ai toujours dit non, car ce n’était pas bon. Dans celui-là, Eddy est formidable, comme d’habitude. Le film parle d’une amitié qui ressemble à la nôtre.

La scène où vous regardez ensemble Rio Bravo, en reprenant la chanson, va devenir culte…
Chaque fois que je vais bouffer chez Eddy et qu’on regarde un film, il me passe celui-là! (rires) Je le connais par cœur.La difficulté c’était de faire semblant de chercher les paroles et de chanter faux (rires).

Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre carrière d’acteur?
J’ai fait des bons et des mauvais films, comme beaucoup. Tout dépend du metteur en scène, du scénario. J’ai toujours voulu être acteur.J’ai commencé à chanter pour payer mes cours de comédie. Le truc, c’est que j’ai eu du succès tout de suite comme chanteur et ma route a dévié. J’ai suivi le chanteur.Aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir faire les deux.

Après Lelouch, avec qui aimeriez-vous tourner?
Je vois moins de films français depuis que je vis à Los Angeles, mais je tournerais volontiers avec Jacques Audiard.J’ai beaucoup aimé son dernier film, De rouille et d’os.