Comme on pouvait le craindre, Abdellatif Kechiche est le grand perdant de la 39e cérémonie des César du cinéma qui a consacré hier soir la comédie dramatique de Guillaume Gallienne, Les Garçons et Guillaume à table ! avec pas moins de 5 César: meilleur film, meilleur acteur, meilleure adaptation, meilleur premier film, meilleur montage. Palme d'or à Cannes et chef d'oeuvre absolu du cinéma français, La Vie d'Adèle n'en reçoit qu'un seul. Sans doute le realisateur Niçois a-t-il souffert des polémiques qui ont entaché la sortie du film et d'une attitude considérée comme méprisante pour la "grande famille du cinéma français"...
Adèle Exarchopoulos, héroine du film, avait pourtant ouvert le bal de belle manière en recevant le César du meilleur espoir féminin qui ne pouvait lui échapper. Trés émue, la jeune actrice cherchait du regard, dans la salle, son réalisateur qui avait préféré s'abstenir, ayant sans doute senti le vent tourner en sa défaveur. Même punition pour Alain Guiraudie, dont le film gay, L'Inconnu du Lac, avait les faveurs de la critique parisienne: un seul César pour le jeune acteur Pierre Deladonchamps (Meilleur espoir masculin). Visiblement, les membres de l'Académie n'ont pas trop la fibre "mariage pour tous"...

Les autres prix

Pour le reste, le palmarès ne souffre guère de critiques. Même une oeuvre historique aussi radicale que Michael Kohlhaas d'Arnaud des Pallières a eu droit à deux prix techniques. Comme Kechiche, Albert Dupontel brillait par son absence et c'est le génial avocat bègue de Neuf mois ferme, Nicolas Marié, qui vint recevoir à sa place un César du meilleur scénario, tandis que Sandrine Kiberlain emportait celui de la meilleure actrice pour sa composition hilarante de juge d'instruction parturiante.
Niels Arestrup gagne un 4e César pour son rôle de chef de cabinet lymphatique dans Quai d'Orsay. Jean Pierre Jeunet pourra se consoler du succès mitigé de son dernier film, L' Extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet, avec un César de la meilleure photo. Idem pour Michel Gondry, César du meilleur décors pour L'Ecume des jours.
Bien que déjà multi-césarisé, Roman Polanski méritait bien un quatrième César du meilleur réalisateur pour La Vénus à la fourrure.On se réjouit que le César du meilleur film étranger récompense l'excellent film Belge Alabama Monroe de Felix Van Groeningen plutot qu'une des grosses machines américaines (même si Blue Jasmine de Woody Allen avait nos faveurs). Et on saura gré aux votants d'avoir évité le piège tendu par les nominations gags de Marisa Borini et de Julie Gayet au César du meilleur second rôle, en l'accordant à la jeune et talentueuse Adèle Haenel, qui joue la soeur de Sara Forestier dans le trés beau Suzanne de Katell Quillévéré.
Coté présentation , Cécile de France ne s'en est pas si mal tirée et n'a, en tout cas, pas fait regretter Antoine de Caunes, que l'exercice avait fini par user. Malgré le mauvais sort fait à Adèle, on gardera donc un plutôt bon souvenir de cette 39e cérémonie des César.

Meilleur film
Les Garçons et Guillaume, à table, de Guillaume Gallienne
Meilleur réalisateur
Roman Polanski pour La Vénus à la fourrure
Meilleure actrice
Sandrine Kiberlain dans 9 mois ferme
Meilleur acteur
Guillaume Gallienne dans Les Garçons et Guillaume, à table
Meilleure actrice dans un second rôle
Adèle Haenel dans Suzanne
Meilleur acteur dans un second rôle
Niels Arestrup dans Quai d'Orsay
Meilleur espoir féminin
Adèle Exarchopoulos dans La Vie d'Adèle, chapitres 1 & 2
Meilleur espoir masculin
Pierre Deladonchamps dans L'Inconnu du lac
Meilleur scénario original
9 mois ferme d'Albert Dupontel
Meilleure adaptation
Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne
Meilleur premier film
Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne
Meilleur film d'animation de long métrage
Loulou, l'incroyable secret de Éric Omond et Grégoire Solotareff
Meilleure musique originale
Michael Kohlhaas de Arnaud des Pallières
Meilleur montage
Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne
Meilleur son
Michael Kohlhaas de Arnaud des Pallières
Meilleure photographie
L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Jean-Pierre Jeunet
Meilleurs décors
L'Ecume des jours de Michel Gondry
Meilleurs costumes
Renoir de Gilles Bourdos
Meilleur film documentaire
Sur le chemin de l'école de Pascal Plisson
Meilleur film étranger
Alabama Monroe de Felix Van Groeningen
Meilleur court métrage
Avant que de tout perdre de Xavier Legrand
Meilleur film d'animation de court métrage
Mademoiselle Kiki et les Montparnos de Amélie Harrault