En 1946, Jean Coteau filmait « La belle et la bête » avec Jean Marais dans le rôle-titre.68 ans plus tard, l’Antibois Christophe Gans (Le Pacte des Loups, Silent Hill) en fait un remake avec Lea Seydoux dans le rôle de Belle et Vincent Cassel dans celui du prince et de la bête.Venu présenter le film la semaine dernière dans sa ville natale, le réalisateur en a détaillé les enjeux artistiques…

Ce n’était pas un peu périlleux de passer après Cocteau?
Non, pour moi c’était plutôt galvanisant.J’ai découvert le film de Jean Cocteau à l’âge de cinq ans et ça a été une expérience sensorielle et onirique, très puissante. Aimant tellement le film et le connaissant si bien, je savais qu’il y avait de nombreuses facettes de l’œuvre qu’il n’avait pas exploré, par choix ou tout simplement parce que les thématiques ne collaient pas avec son époque. J’ai eu envie de m’engouffrer dans ces espaces-là. Par exemple, j’ai toujours été frustré que la malédiction qui a transformé le prince en bête se résume à « ses parents ne croyaient pas aux fées, elles les ont punis ». Cela me paraissait insuffisant. Le prince avait forcément dû commettre un crime ou un blasphème énorme pour subir un tel sortilège. Je suis donc parti de ce constat pour construire l’arborescence du film et montrer qu’au final, le vrai « méchant », c’est justement ce prince qui a commis un acte atroce et doit maintenant en payer le prix.

Pourquoi avoir choisi le principe de la narration du conte par une mère à ses enfants?
Ce choix me permettait de replacer le conte dans une tradition orale, essentielle pour comprendre le charme qu’il exerce sur nous depuis des temps immémoriaux. Je ne pense qu‘au public. J’ai voulu mener les gens dans une histoire connue tout en y ajoutant des effets de surprises. Ce sont ces variations qui font l’originalité et la narration par une personne extérieure à l’histoire en fait partie.

L’esthétique du film est très réussie. Comment l’avez-vous travaillée?
Il était important que le style visuel ait une valeur symbolique. Dans les contes de fées, il y a toujours différentes strates de signification qui se superposent, de sorte qu’on en perçoit des choses différentes selon l’âge auquel on les lit.Dans la scène du lac gelé, par exemple, les enfants seront marqués par le spectaculaire, alors que les adultes comprendront la symbolique de la glace qui explose au moment du baiser.

Pourquoi avoir choisi le principe de la narration du conte par une mère à ses enfants?
Ce choix me permet de replacer le conte dans une tradition orale, essentielle pour comprendre le charme qu’il exerce sur nous depuis des temps immémoriaux. Je ne pense qu’au public. J’ai voulu mener les gens dans une histoire connue tout en y ajoutant des effets de surprises. Ce sont ces variations qui font l’originalité et la narration par une personne extérieure à l’histoire en fait partie.


Peut-on dire que vous avez privilégié la part sombre du conte?
Non, je ne crois pas. Le conte est surtout sensuel et la sensualité n’est pas quelque chose de sombre. Mais « La Belle et la bête » est une œuvre transgressive : l’histoire d’une jeune femme attirée par un animal. Je me suis aussi longtemps demandé à quelle époque il fallait situer le récit?J’ai finalement opté pour le premier empire.C’est une période où la mythologie classique, les dieux, les titans, les nymphes, les satyres étaient très présents dans l’art pictural. La mode était aussi assez sexy, ce qui permettait d’avoir des costumes qui ne soient pas trop vieillots. Enfin, le premier empire marque le début de la modernité de notre pays. Ainsi l’écart entre le récit et le public d’aujourd’hui n’est pas trop important en terme d’identification.