L’histoire fait partie de la légende : en mai 1955, Grace Kelly, venue défendre à Cannes Le crime était presque parfait, est présentée au prince Rainier par un photographe de Paris Match.Le coup de foudre est réciproque.Un an plus tard, c’est le mariage du siècle. Un film racontant cette rencontre, qui plus est signé par le réalisateur auréolé du succès critique et public de La Môme, ne pouvait que revenir à Cannes.Sauf que c’était plutôt mal parti…
Après un tournage discret à l’automne 2012 en principauté, où l’on ne fit qu’entrevoir Nicole Kidman dans le rôle de Grace Kelly et Tim Roth dans celui du prince Rainier, la famille Grimaldi avait pris fermement ses distances avec le film qu’elle accusait d’être une « réécriture inutilement glamourisée » de l’histoire de la Principauté de Monaco, fourmillant de surcroît « d’importantes inexactitudes historiques et d’une série de scènes purement fictionnelles ». Interdite de palais princier, l’équipe de tournage avait dû s’expatrier en Belgique et terminer le film en studio.
En octobre dernier, alors que sa sortie était programmée pour coïncider avec le Festival de Cannes, c’est le réalisateur lui-même qui tirait le signal d’alarme en accusant le producteur américain Harvey Weinstein de vouloir sortir une version dénaturée du film : « Ils veulent un film commercial, c’est-à-dire au ras des pâquerettes, en enlevant tout ce qui dépasse, tout ce qui est trop abrupt, tout ce qui est cinéma, tout ce qui fait la vie » s’insurgeait Olivier Dahan, menaçant de retirer son nom de l’affiche.Depuis, le film n’avait plus de date de sortie, ni en France, ni aux États-Unis. Un beau gâchis... Jusqu’à ce qu’hier le bureau du Festival annonce que Grace de Monaco ferait l’ouverture de la 67e édition, le 14 mai prochain.
Comme on imagine mal le Festival présenter autre chose que la director's cut, c’est-à-dire la version finale voulue par le réalisateur, c’est une façon pour lui de prendre clairement partie dans le conflit ouvert avec la production et de soutenir le travail du réalisateur français.On s’en réjouit. Après Gatsby, le magnifique l’an dernier, Grace de Monaco, même s’il ne révolutionne pas l’art du biopic, donnera à la cérémonie d’ouverture du 67e Festival de Cannes tout le glamour qui lui sied.Gageons que d’ici là, Harvey Weinstein et Olivier Dahan auront enterré la hache de guerre et qu’ils jureront la main sur le cœur que tout cela n’était qu’un vaste malentendu, voire l’invention de journalistes mal intentionnés.
Une seule question tarabuste désormais les cinéphiles: si Grace de Monaco fait l’ouverture, quelle place fera le Festival à Magic in the Moonlight, le nouveau film de Woody Allen qui a été tourné sur la Côte d’Azur et que tout le monde attendait en ouverture ?
GRACE