Dans Lulu femme nue, le nouveau film de Solveig Anspach (Haut les cœurs! The Queen of Montreuil), Karin Viard incarne une femme entre deux âges, qui, ses enfants élevés, voudrait retrouver du travail pour échapper à un quotidien sclérosant. À la suite d’un premier entretien d’embauche parfaitement démoralisant, elle largue les amarres et plante tout pour s’offrir quelques jours de « vacance » au bord de la mer. Vite à court d’argent, elle accepte l’hospitalité d’un marginal (Bouli Lanners), qui vit avec ses frères dans une caravanne, rencontre une jeune serveuse qui rêve d’évasion et une vieille dame (Claude Gensac) qui s’ennuie, elle aussi, à mourir.Des rencontres qui vont l’aider à retrouver une vieille connaissance perdue de vue depuis longtemps : elle-même... Un rôle en or pour Karin Viard, qui retrouve la réalisatrice franco-islandaise de Haut les cœurs! grace à laquelle elle avait décroché, en 2000,son César de la meilleure actrice. Rencontrée au Festival de Sarlat, où elle a reçu le prix d’interprétation féminine, Karin Viard nous a parlé de son travail d’actrice « protéiforme » (sic)

On vient de vous voir en dominatrice dans L’Amour est un crime parfait des frères Larrieu.Là, vous incarnez un tout petit bout de femme effacée.La transformation est étonnante!
Oui je sais, je suis une actrice assez protéiforme (rires).Je peux facilement être jolie ou moche, sophistiquée ou souillon. Ca me permet de travailler beaucoup.Désolée, mais vous allez me voir beaucoup cette année.

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour retravailler avec Solveig Anspach?
Elle m’avait proposé une comédie, mais je n’étais pas franchement emballée. J’aurais accepté pour de mauvaises raisons. Elle a dû le sentir et elle a laissé tomber.Je préfère la retrouver sur un projet fort comme celui-là...
Connaissiez-vous la BD d’Étienne Davodeau, dont le film est adapté?
Non, c’est Solveig qui me l’a fait lire.J’ai adoré cet univers humaniste et le personnage de Lulu, qui cherche à se retrouver en créant du lien avec les autres

Lulu vous ressemble-t-elle?

Non, pas du tout. Moi, je suis plutôt volontaire, solaire et sûre de moi.Elle, c’est tout le contraire.Mais je peux parfaitement la comprendre.

Comment vous êtes vous glissée dans sa peau?
S’effacer, ne pas répondre, tout accepter, être invisible… ce n’est pas très difficile...Il suffit de ne rien faire (rires).La difficulté, c’était de partir d’un personnage en noir et blanc et de lui redonner des couleurs, au fur et à mesure, très progressivement.
Le ton du film oscille entre drame et comédie.Comment le définiriez-vous?
C’est un mélange des deux : pas franchement une comédie, mais pas un drame non plus. Je ne trouve pas le film triste, ni cafardeux, en tout cas.C’est plein, gracieux. Pas la franche rigolade, mais vivant. Lulu est vibrante, très présente, disponible : soudain tout est possible, on sent ses cellules qui recommencent à respirer.

Comment interprétez-vous le titre?

Je vois un personnage qui avance nu dans la vie. Elle est si peu armée que cette nudité devient une force. On ne peut rien lui enlever.

Avez-vous vu, Elle s’en va d’Emmanuelle Bercot, dans lequel Catherine Deneuve joue un rôle assez semblable?
Ou, je l’ai trouvé magnifique. C’est drôle, parce que Claude Gensac, qui fait la vieille dame indigne de Lulu, joue aussi la mère de Catherine Deneuve dans Elle s’en va.On le savait, puisqu’elle venait de terminer le tournage, mais on ne se doutait pas que les deux scénarios étaient si proches. Cela dit, elles partent de la même manière, mais ne vont pas au même endroit. Je ne pense pas que les deux films se fassent de l’ombre, au contraire.