L’année commence par une bonne nouvelle pour le Festival de Cannes : une femme présidera le jury de la 67e édition, qui doit se dérouler du 14 au 26 mai. Jane Campion ne sera certes pas la première femme à diriger le jury du Festival (Jeanne Moreau, Isabelle Adjani et Isabelle Huppert, entre autres, l’ont devancée), mais ce sera la première réalisatrice à le faire.Un honneur très légitime : « Lady Jane », comme l’appelle Gilles Jacob, le président du Festival, est aussi la seule réalisatrice à avoir décroché une Palme d’or.C’était en 1993 pour La Leçon de piano.Quelques années auparavant, la réalisatrice néo-zélandaise encore inconnue avait déjà obtenu la récompense suprême pour un court-métrage (Peel).Un cas unique dans l’histoire du Festival!
Gilles Jacob, se souvient avec précision « d’une jeune réalisatrice venue des antipodes » avec trois courts métrages « qui affirmaient déjà une telle humanité, un tel univers que, refusant de choisir le Festival les présenta tous les trois. Jane Campion était née et un style avec elle ».

« Très impatiente! »
Avec, dans les années suivantes, Sweetie, Un Ange à ma table, La Leçon de Piano, Portrait of a Lady avec Nicole Kidman et Holy Smoke avec Kate Winslet, la cinéaste s’est fait apprécier du grand public par ses beaux portraits de femmes aux prises avec les carcans de la société.Son dernier long-métrage, Bright Star, en compétition à Cannes en 2009, racontait les amours du poète romantique John Keats. « Elle me fait penser aux grands écrivains femmes qui, dans une certaine solitude et une grande singularité ont mené une œuvre très personnelle qui s’est adressée d’emblée au monde entier » confie le délégué général du festival, Thierry Frémaux, en citant pour exemple Doris Lessing et Marguerite Yourcenar.
Venue l’an dernier présider le jury des courts métrages, Jane Campion a accepté sans hésiter de succéder à Steven Spielberg : « C’est un grand honneur pour moi que d’avoir été choisie.Et pour dire la vérité, je suis très impatiente! affirme-t-elle.Cannes est le pays des stars, des fêtes, des plages et du business, mais on ne perd jamais de vue ce qu’est le festival : une célébration du cinéma comme Art et une célébration du cinéma du monde entier ».
À59 ans, la réalisatrice de La Leçon de piano, qui vient de remporter un formidable succès public et critique à la télévision avec la série fantastico-féministe Top of the lake, aura toutefois la lourde charge de faire oublier l’aura de son prédécesseur et la justesse de ses choix.La présidence Spielberg fut, en effet, l’une des plus éclairées de l’histoire du Festival.Et pas seulement parce que sa palme d’or (La vie d’Adèle) était française!

Les premiers noms pour Cannes 2014
Avec la désignation de la présidente du jury, le bal des pronostics peut s’ouvrir pour Cannes 2014.
Les premiers noms cités seront forcément ceux de Woody Allen, qui pourrait faire l’ouverture hors compétition avec son nouveau film, Magic in the moonlight, tourné l’été dernier sur la Côte d’Azur et de Bertrand Bonello, réalisateur niçois dont le film sur Yves Saint Laurent avec Gaspard Ulliel et Jérémie Renier est programmé pour une sortie le 14 mai, jour de l’ouverture du Festival.Viennent ensuite les incontournables frères Dardenne dont le film avec Marion Cotillard sera prêt pour Cannes, Emir Kusturica qui pourrait faire son grand retour sur la Croisette avec L’Amour et la paix dans lequel joue Monica Bellucci, les habitués Ken Loach, Paul Thomas Anderson, David Cronenberg, Atom Egoyan et Mike Leigh, un toujours hypothétique Terrence Malick (Knights of Cups).Coté français, L’Homme que l’on aimait trop d’André Téchiné avec Guillume Canet et Catherine Deneuve dans les rôles des protagonistes de l’affaire Agnès Le Roux ferait évidemment une belle affiche. Olivier Assayas, Xavier Beauvois, Bruno Dumont, Robert Guédiguian, Christophe Honoré et Michel Hazanavicius, avec son intrigant remake des Anges marqués de Fred Zinneman seront également sur les rangs pour une sélection.A suivre, donc...