Yves Saint Laurent, couturier de génie et personnalité maladive, renaît cette semaine au cinéma, cinq ans après sa mort, sous les traits du jeune Pierre Niney, impressionnant de mimétisme (Niney-tisme?), dans le biopic autorisé et opulent que signe Jalil Lespert.

Découvert par le grand public en 2009 dans LOL de Lisa Azuelos, puis par les cinéphiles dans les films de Robert Guédiguian (L’Armée du crime, Les Neiges du Kilimanjaro), Pierre Niney donne à penser qu’il joue là le rôle de sa vie, tant sa trajectoire d’acteur précoce et surdoué, se confond avec celle de Saint Laurent.
Né à Paris d’un professeur de cinéma et d’une auteure d’ouvrages de loisirs créatifs, Pierre Niney assure avoir voulu « raconter des histoires, dès l’âge de 11 ans ».Après une première expérience au lycée, il entre au cours Florent et devient, à 21 ans, le plus jeune pensionnaire de la Comédie française.Il y croise Guillaume Gallienne, qui incarne Pierre Bergé dans le film de Jalil Lespert et ne tarit pas d’éloges à son égard. « Pour moi, c’est le meilleur acteur de sa génération » affirme également son ami Hugo Gélin, qui a participé à sa rapide reconnaissance au cinéma en lui faisant jouer le plus jeune des protagonistes de Comme des frères, en 2012. Étonnamment posé et serein, alors que le sort du film repose en grande partie sur ses frêles épaules, le jeune acteur nous a parlé de sa composition pour le rôle d’Yves Saint Laurent, dans un des salons de l’hôtel Intercontinental où son illustre modèle organisait ses défilés…

Comment vous êtes-vous préparé à incarner Yves Saint Laurent?

Dès que Jalil m’a proposé le rôle je suis allé sur Internet voir ce qu’il y avait comme vidéos.La première chose qui m’a marqué, c’est sa voix.Son timbre, son élocution, son rythme, le choix de ses mots sont très particuliers.Il y a déjà une forme de poésie dans sa façon de s’exprimer. Ca me plaisait tellement que j’ai commencé à l’imiter, pas dans une idée de mimétisme, car je ne savais pas encore si je devrais jouer la ressemblance, mais justement pour me sentir libre à l’intérieur du personnage.J’ai appliqué la méthode de l’éponge, en écoutant sa voix non-stop dans mon iPod jusqu’à ce que ça rentre.

Physiquement aussi, votre ressemblance est incroyable. Maquillage?
Oui bien sûr, mais surtout sur la deuxième partie du film pour me vieillir. Les conseils de Pierre Bergé et le fait d’être autorisé à porter ses vraies lunettes ont aussi beaucoup aidé, j’imagine.


Quelle image aviez-vous du personnage et qu’en pensez-vous aujourd’hui?

Je savais très peu de choses sur lui avant de faire le film.C’est en faisant des recherches et en rencontrant ceux qui l’ont cotoyé que j’ai appris à le connaître.C’était quelqu’un d’extrêmement précoce et timide.Tout est allé très vite pour lui.Il s’affirme au fur et à mesure qu’il mûrit, mais sa timidité demeure.Du moins en en public car, en privé, il était paraît-il assez drôle et pas du tout introverti. Les gens qui travaillaient avec lui m’ont tous décrit quelqu’un d’élégant, délicat et toujours d’une extrême politesse. C’est une personnalité dense, complexe et ambiguë.En partie, sans doute, à cause de sa maladie (Saint Laurent était maniaco-dépressif N.D.L.R.).

N’avez-vous pas peur que ce rôle vous colle durablement à la peau?

Non.Un rôle aussi complexe à 24 ans, c’est inespéré.On cherche tous à incarner des personnages marquants, pour en faire d’autres ensuite.La carrière de Marion Cotillard n’a pas trop souffert de son incarnation de Piaf, il me semble… (rires).J’ai tellement travaillé pour ce rôle et j’ai tellement aimé le jouer que je souhaite évidemment qu’il marque les gens.

Entre un grand rôle au cinéma et un autre à la Comédie française que choisirez-vous désormais?

Je privilégierai toujours le théâtre.Mais je compte bien continuer à mener les deux carrières de front.Denis Podalydès et Guillaume Gallienne y arrivent très bien.Pourquoi pas moi?