Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant (?) célibataire Seligman (Stellan Skarsgård) découvre une jeune femme Joe (Charlotte Gainsbourg) évanouie dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie de nymphomane aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours...

Annoncé à Cannes, lors d’une conférence de resse mémorable, comme «le film pornographique de Lars von Trier» , et «teasé» depuis par des photos et des bandes annonces de plus en plus «hot», Nymphomaniac est certainement le film le plus attendu de ce début d’année. D’où la déception à la vision de cette première partie de deux heures, précédée au générique d’un carton indiquant qu’il s’agit d’une version «courte et censurée» , «approuvée par Lars von Trier» mais à laquelle il n’a «participé d’aucune manière» .Cela semble indiquer clairement que le réalisateur danois n’a pas effectué le montage de son film, qui sera présenté en France en deux parties de deux heures chacune. Une version «définitive» du film complet de 5h30 doit être présentée au festival de Berlin. Peut-être faudra-t-il attendre de l’avoir vue pour juger des qualités et des défauts réels de Nymphomaniac ? En l’état, en effet, le film est sans grand interet et, surtout, d’un ennui mortel. On y voit Charlotte Gainsbourg (Joe), l’air hagard et le visage tuméfié, raconter sa «vie de nymphomane» à un vieux philosophe compatissant (Stellan Skarsgård) qui l’a recueillie chez lui. Son personnage adolescente est joué par la méritante Stacy Martin, qui ne lui ressemble que de loin et de dos. La perte de sa virginité (avec Shia Labeouf, bovin) en quelques coups de reins décevants (3+2) est-elle la cause de la nymphomanie coupable de Joe? Toujours est-il qu’elle se lance ensuite dans un concours de coucheries avec une copine, dont on ne sait pas si elle est aussi nymphomane (maladie contagieuse? ) ou si elle fait ça juste pour le gain du paquet de bonbons mis en jeu? Vient ensuite l’épisode dramatique de la maladie et de la mort du père de Joe (Christian Slater) dont on se demande bien ce qu’il vient faire là, sinon qu'il permet à Joe d' en profiter pour coucher avec tout le personnel masculin de l'hôpital. Cela donne lieu à des scènes de sexe assez peu excitantes bien qu’esthétisantes et parfois explicites (on a compté deux plans de fellation et de pénétration).L’un des rares moments un peu intéressants/originaux/comiques (rayer les mentions inutiles) est celui au cours duquel une femme trompée (Uma Thurman difficilement reconnaissable) vient avec ses enfants surprendre leur père dans l’appartement de la dévoreuse d’hommes, moins génée par leur irruption que par le fait qu’elle en attend déjà un autre...
Lars von Trier, qui nous avait déjà infligé une «vision» de la sexualité féminine considérée comme source de tous les maux, dans le regrettable Antichrist, récidive donc en confondant, semble-t-il, nymphomanie et masochisme. La seule excuse qu’on puisse trouver à ce ratage est cette histoire de montage/censure, qui parait d’ailleurs un peu cousue de fil blanc. La deuxième partie, dans laquelle Charlotte Gainsbourg est censée faire autre chose que de la voix off, nous fera-t-elle reconsidérer notre jugement? Réponse le 29 janvier.