Treize ans après l’Auberge Espagnole, 8ans après les Poupée Russes, Cédric Klapisch retrouve Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France et Kelly Reilly en quadras déboussolés dans Casse-tête Chinois qui clôt la trilogie de la « génération Erasmus » à New York, où les principaux protagonistes ont fini par s’installer. Retour avec le réalisateur sur cette aventure cinématographique au long cours…

Vu le titre, on s’attendait à retrouver vos héros à Shanghai ou à Pékin. Comment se fait-il qu’ils aient atterri à New York?
Après les Poupées, je pensais effectivement tourner le film suivant en Chine.Mais j’ai réalisé que cela allait être trop compliqué.D’un autre coté, il y a longtemps que je voulais tourner à New York, où j’ai fait mes études.C’est une ville extrêmement cosmopolite, les notions d’immigration et de métissage y sont très présentes.La Chine aussi d’ailleurs.Chinatown, le quartier ou s’installe Xavier a doublé de taille dans les 5 dernières années.Bref, c’était la ville idéale pour parler de mondialisation et de la façon dont elle a changé la vie de cette génération.

Guillaume Canet et Géraldine Nakache qui vous y ont précédé ont connu de grandes difficultés.Et vous?
Le tournage a été supercompliqué. Je comprends maintenant pourquoi Woody Allen vient faire ses films en Europe! (rires).Tout est tellement rigide et administratif… C’est sans doute très bien pour les grandes productions qui ont besoin d’une organisation militaire mais pour nos genres de films, on a besoin de plus de polyvalence et de flexibilité.

Faire une suite aux deux films précédents, c’était une évidence?
Ca m’effrayait déjà pour le deuxième.On connaît tellement de suites ratées.En même temps, on a connu ces personnages à 20 ans, on les a retrouvés à 30…C’était tentant d’imaginer comment ils ont passé le cap de la quarantaine.Je n’ai d’ailleurs eu aucun mal avec le scénario. C’était comme si les personnages avaient une vie propre : il suffisait de suivre le fil, les situations s’imposaient d’elles-mêmes. Isabelle est homo, elle a 40 ans, elle est installée dans la vie.De quoi elle peut avoir envie, sinon d’un enfant?

Il y a donc de fortes chances pour qu’on les revoit dans 10 ou 20 ans?
Honnêtement, je ne peux pas répondre à cette question.J’aime bien l’idée d’une trilogie et je suis plutôt dans l’esprit de m’en tenir là et de passer à autre chose.Et puis le vrai casse-tête, c’était quand même de réunir tous ces comédiens qui sont devenus des stars.Ils sont tous très occupés et j’ai dû attendre longtemps.Il y a des chances pour que cela devienne de plus en plus compliqué…

C’est le septième film que vous faites avec Romain Duris. Est-il la projection de votre moi idéal?
C’est quand même assez courant au cinéma.Johnny Depp et Tim Burton ont dû faire une douzaine de films ensemble.Romain est un acteur avec lequel je fonctionne bien.On rit des mêmes choses, il comprend très vite ce que je veux faire, la communication passe très bien. En plus, il est beau et j’aime bien le filmer.Mais je n’ai pas envie d’être lui, si c’est ce que vous voulez dire.Et je ne crois pas non plus qu’il soit une extension de moi à l’écran.

Est-il vrai qu’Audrey Tautou a appris le mandarin pour sa scène en chinois qui est l’une des plus drôles du film?
Elle a travaillé avec trois coaches pendant un mois. Elle voulait vraiment que ce soit parfait. Les chinois qui lui donnent la réplique ont trouvé que ça l’était. Le plus drôle, c’est que la scène fonctionnait moyennement avec les sous-titres. C’est quand j’ai eu l’idée de les enlever qu’elle est devenue vraiment comique.

Croyez-vous comme l’éditeur de Xavier qu’il faille être malheureux pour faire de la bonne littérature ou du bon cinéma?
Ce truc de créer dans la douleur, d’artiste maudit c’est très français. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai fait des études aux États-Unis mais je ne mets pas les mêmes valeurs dans la création. Tarantino, Spielberg ou les frères Coen nous prouvent qu’on peut être créatifs dans le plaisir et en faisant des films commerciaux. Pour moi, le plaisir n’est pas anti créatif, c’est un moteur.