En 1921, Ewa (Marion Cotillard) et sa sœur Magda débarquent à Ellis Island après un voyage cauchemardesque au cours duquel Ewa a été violée.Accusée de s’être prostituée à bord, Ewa est refoulée et Magda, qui est atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine avant d’être à son tour expulsée. L’affaire se présente donc plutôt mal.Heureusement (?), intervient Bruno (Joaquin Phœnix), un maquereau qui soudoie les douaniers pour agrandir son cheptel. Ewa accepte, bon gré mal gré (plutôt « mal Gray » d’ailleurs), de se prostituer pour lui, à condition qu’il fasse aussi sortir sa sœur. S’en suivent diverses péripéties (attention spoiler) , au cours desquelles le mac-au-cœur-tendre tombe raide dingue de la putain-malgré-elle, tandis que celle-ci est tentée de se faire la belle avec un beau prestidigitateur (Jeremy Renner), dont les intentions ne sont pas claires. Ewa, qui comme Ophélie a gardé la Foi, passe à confesse déguisée en madone et obtient la grâce divine contre un pater et trois avés. Les deux mâles ennemis s’affrontent, le plus méchant meurt et tout est bien qui finit bien...
Le tout admirablement filmé, dans un clair-obscur instagramique signé Darius Khondji, plutôt bien joué (Marion Cotillard est mieux que dans Blood Ties - ce qui n’est pas difficile- et Joaquin Phœnix se retient d’en faire trop jusqu’à la dernière demi-heure), mais d’un ennui mortel : Les Deux Orphelines avec 50 nuances de James Gray dedans, mais sans émotion, ni frisson.
Comme il l’avait fait avec succès dans l’admirable Two Lovers, le réalisateur prodige de Little Odessa et de La Nuit nous appartient détourne les codes du mélo, en n’employant aucun des procédés habituels. Le problème, c’est que ça ne fonctionne pas. On ne croit pas une seconde à l’histoire, ni aux motivations des personnages.Tout parait artificiel, théâtral, surjoué. À la fin, il y a une scène très allégorique : Ewa et Bruno retournent à Ellis Island chercher Magda.Leur bateau a une voile, mais c’est en ramant qu’ils en repartent. Malgré la virtuosité absolue de ce plan filmé dans l'encadrement d'une fenêtre, James Gray fait comme le pilote du bateau: il rame. Et c’est le spectateur qui écope. L'ennui lui appartient...