Sur l’affiche teasant leurs deux concerts du Black City Tour les 27 et 28 juin 2014au Stade de France, Nicola Sirkis et ses boys d’Indochine (1) sont grimés comme des vieillards.C’est la deuxième fois que le groupe utilise ce visuel, en miroir d’une autre photo dans leur look actuel de jeunes quadras et quinquagénaires (Nicola Sirkis affiche 53 printemps au compteur). D’où un certain émoi chez les fans : Indo s’apprêterait-il à annoncer sa retraite, après ce qui s’annonce comme le nouveau point d’orgue de sa carrière?Ou essaie-t-il au contraire de leur dire qu’il continuera à rocker jusqu’à un âge canonique? On pencherait plutôt pour la deuxième hypothèse, vu la capacité de ce groupe, désormais vétéran du rock français, à se régénérer et à se réinventer sans cesse depuis 30 ans.
Depuis son « come-back de la mort » en 2002, avec « J’ai demandé à la lune » (une chanson signée Mickey 3D), Indochine vole à nouveau de succès en succès et ne cesse d’élargir son public.
Trois ans après le Meteor Tour, qui a réuni 800000 spectateurs et lui a permis de jouer pour la première fois au Stade de France devant 80000 personnes, le groupe est de nouveau sur la route avec un nouvel album, Black City Parade, généralement considéré comme un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, de sa carrière. Après une première série de concerts à l’hiver et au printemps dernier, la team Sirkis a lancé à Rouen le deuxième étage de la fusée Black City.Le Black City Tour 2 visitera les Zéniths de France et de Navarre avec escales à Nice le 28 novembre et Marseille le 30, avant de se poser, non plus un mais deux soirs, au Stade de France les 27 et 28 juin pour un final en forme d’apothéose.

Fun maximum
Le nouveau show, que l’on a pu découvrir le 5 novembre dernier à la Halle Tony Garnier de Lyon, est certainement le meilleur et le plus ambitieux qu’ait produit à ce jour Indochine. Le groupe français se permet même de donner une leçon de spectacle aux plus grandes formations anglo saxonnes en inaugurant une nouvelle technique de projections à 360°. Baptisé « Le serpent » par les fans, ce dispositif se compose d’une série de toiles qui coulissent sur un rail circulaire installé dans les cintres au-dessus de la fosse et sur lesquelles sont projetées les vidéos du spectacle.Une fois refermé, le système enveloppe une partie du public de la fosse, qui est ainsi totalement immergé dans le show.L’effet est spectaculaire qu’on se trouve à l’intérieur ou à l’extérieur du « serpent » : les images géantes semblent flotter au-dessus du public comme projetées depuis une lampe magique.
C’est particulièrement saisissant sur « Wuppertal », l’hommage d’Indochine à Pina Bausch, lorsque la silhouette gracile d’Alice Renavand, première danseuse du ballet de l’opéra de Paris se multiplie au-dessus des têtes.Ou lorsque le « bocal » formé par les écrans autour de la fosse se remplit soudain de confettis multicolores.Bien que sa musique soit plus violente et noire, avec des rythmes et des sons empruntés à la techno et au rock industriel, Indochine a retenu la leçon de la dernière tournée de Coldplay : fun maximum.
Pas de bracelets clignotants (les fans s’en chargent avec leurs portables), mais d’énormes ballons de baudruches multicolores qui « tombent » dans la fosse à point nommé pour relancer l’ambiance entre les hits à foison.Sur « 3nuits par semaine », avant les rappels, la température monte encore de quelques degrés lorsque le chanteur fend la salle en courant pour finir la chanson en équilibre sur les barrières de la régie.On voit mal, à cet instant, ce qui pourrait l’empêcher de conduire son groupe à de nouveaux triomphes.

(1) Boris Jardel (guitare), Oli de Sat (guitare), Marc Eliared (basse), Mr Shoes (batterie), Matu (claviers)