Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour l’adaptation du roman de Sacher Masoch qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas (Mathieu Amalric) se lamente au téléphone sur la nullité crasse des candidates.Il se prépare à partir rejoindre sa fiancée lorsque débarque Vanda (Emmanuelle Seigner), tornade d’énergie délurée visiblement prête à tout pour obtenir le rôle.Vanda incarne à peu près tout ce que déteste Thomas: elle est vulgaire, n’a aucune culture littéraire, jure comme une charretière , n’a que 50 mots de vocabulaire (dont « genre » qu’elle répète à chaque phrase) et, en plus, elle est en retard ! À la fois intimidé, amusé et ému par le personnage, Thomas consent pourtant à lui faire passer l’audition… Et découvre stupéfait que, non seulement elle connaît la pièce par cœur, mais qu’elle a tout compris de ses ressorts. S’engage alors, entre l’actrice qui se révèle et le metteur en scène qui lui donne la réplique, un jeu trouble de séduction et de domination, dont la pièce fournit opportunément le texte…


Annoncé comme le possible scandale de Cannes 2013, parce qu’inspiré du sulfureux roman de Sacher Masoch, La Vénus à la Fourrure en aura été l’éclat de rire final. Sacré Polanski! À presque 80 ans, le réalisateur franco-polonais, palmé en 2002 pour Le Pianiste , parvient encore à surprendre et à séduire avec un nouveau huis clos adapté d’une pièce de théâtre. On attendait un successeur de Lune de Fiel et c’est un nouveau Carnage qu’il met en scène avec ce talent particulier de filmer le théâtre sans faire de théâtre filmé. La première partie est d’une grande drôlerie, la deuxième est plus grinçante et le final vire sans crier gare au manifeste fantastico-féministe. C’est brillant, enlevé, intelligent, érotique, légèrement pervers... Bref, c’est du Polanski, tout craché. Emmanuelle Seigner, qui n’avait plus tourné avec son mari depuis La Neuvième Porte, fait une composition ébouriffante (la meilleure de sa carrière) en fausse bimbo écervelée et vraie manipulatrice. Et Mathieu Amalric, étonnant sosie de Polanski jeune, est parfait en metteur en scène torturé et ridicule. Du grand art !