Après La marche de l’Empereur (2004) et Le Renard et l’enfant (2007), le documentariste Luc Jacquet fait le pari fou de filmer la forêt équatoriale comme un être vivant et d’en raconter l’histoire depuis 700 ans. Pour cela, il a formé une véritable expédition scientifique, sous la direction du botaniste montpelliérain Francis Hallé (qui a inspiré le film) et installé ses équipes de tournage durant sept semaines au Gabon et au Pérou. « J’ai ainsi ajouté tous les problèmes spécifiques d’une expédition à tous les problèmes spécifiques d’un tournage! « raconte en souriant le réalisateur, qui a néanmoins survécu à l’expérience et en a ramené des images stupéfiantes. « Il a fallu trouver des solutions inédites pour filmer la foret, qui est certainement le milieu le moins cinégénique qui soit, poursuit Luc Jacquet. La lumière au sol est quasi inexistante et filmer la canopée supposait installer une équipe de cinéma des journées entières à 70 mètres de haut ». Pour cela le chef machiniste de l’expédition a par exemple conçu un système de caméra sur corde, baptisé Arbracam, qui a permis de réaliser l’un des plans les plus étonnants du film : un long travelling de près de 200 mètres à travers les branchages. Pour raconter la création de la forêt primaire, il a toutefois fallu avoir recours aux images de synthèse : « Je ne pouvais décemment pas attendre 700 ans qu’elle pousse! » s’excuse le réalisateur. Les séquences d’animation s’insèrent assez harmonieusement dans le documentaire et permettent de montrer de choses aussi étonnantes que la manière dont les arbres « appellent la pluie » en vaporisant dans l’atmosphère certaines essences particulières. Basée sur les écrits de Francis Hallé, dont Luc Jacquet fait, à la fois le narrateur et le héros du film, le film évite aussi bien la vulgate scientifique que les clichés sur « l’enfer vert » ou l’anthropomorphisme naïf, et donne à l’ensemble une touche de poésie supplémentaire. Rarement la biodiversité aura été aussi bien filmée et racontée.
Une très belle production Disney Nature, à voir en famille avec d’autant plus d’urgence que ces forêts sont, aujourd’hui, gravement menacées par la pollution et la déforestation. Selon Francis Hallé, en effet : « La chance qu’elles subsistent est minime ».

NB : Pour prolonger l’expérience du film, Luc Jacquet, avec le soutien de la Fondation Prince Albert 2 de Monaco, a mis en ligne les photos, les teasers et le makin of à l’adresse suivante : iletaituneforet-expedition.org