Polanski parle! C’est un événement car cela a rarement été le cas au cours d’une carrière marquée par le drame et le scandale. À 80 ans, le réalisateur franco-polonais se livre comme jamais à l’occasion de la promotion de son dernier film La Vénus à la fourrure.Une comédie théâtrale d’une ironie mordante, à laquelle il attribue les bonnes dispositions dans lesquelles il se sent : « Après, je vais faire un film sur Dreyfus et ce sera plus difficile » prévient-il avec son accent traînant, comme pour s’excuser par avance…

Après Carnage, c’est votre deuxième adaptation théâtrale d’affilée. Pourquoi ce choix?
C’est mon agent Jeff Berg qui me l’a fait lire, l’an dernier à Cannes où j’étais venu présenter la copie restaurée de Tess. C’est l’humour de la pièce qui m’a séduit en premier, aussi la possibilité d’un très beau rôle pour Emmanuelle avec laquelle je voulais travailler à nouveau.Et le fond : les rapports homme femme, la sexualité, le regard porté sur le sado masochisme qui m’a toujours fait rire plus qu’autre chose. Enfin, la possibilité de faire un film avec deux acteurs qui ne coûte pas trop cher et que je puisse maîtriser totalement en totale liberté. Avec l’âge, on devient comme ces peintres japonais : on tend à l’épure. Et puis, c’est devenu tellement difficile de faire des films aujourd’hui, il faut se battre tellement contre les financiers…

Y a-t-il des films ne pourriez-vous plus faire aujourd’hui?
Oh oui! Chinatown par exemple. Personne ne voudrait d’une intrigue aussi compliquée, sans happy end.Et on ne me laisserait certainement pas affubler l’acteur principal d’un sparadrap sur le nez les trois quarts du film! (rires).

Qu’est-ce qui vous attire tellement dans le huis clos?
La contrainte que cela représente m’inspire. Sinon, je m’ennuie. On dit souvent de mon cinéma que c’est un cinéma de l’enfermement et on relie ça à mon histoire personnelle. Mais croyez-moi, je n’ai aucune nostalgie du ghetto et aucune envie de recréer cette impression-là sur mes tournages! C’est juste que j’ai commencé à aimer le cinéma avec des films comme Hamlet de Laurence Olivier ou Huit heures de sursis de Carol Reed. Cela faisait s’envoler mon imagination et j’oubliais la rudesse des fauteuils en bois. Aujourd’hui encore, ça me transporte plus que les grands espaces, les chevauchées ou les poursuites…

Le film traite de manipulation entre un réalisateur et une actrice. Est-ce autobiographique?

Non.Sauf cas relevant de la psychiatrie, il n’y en a pas besoin. Juste d’un peu de psychologie pour s’adapter à la personnalité des acteurs. Sur ce film-là, avec Emmanuelle et Mathieu, il n’y avait même pas besoin d’explications. Ca a été un tournage très simple et très joyeux.

Vous avez souvent maltraité les femmes dans vos films, La Venus est-elle une façon de vous racheter?
J’ai toujours eu envie de leur rendre hommage mais les scénarios dans lesquels la femme est une victime sont toujours les plus intéressants. C’est plus facile d’émouvoir le spectateur avec une femme qui souffre, plutôt qu’avec une qui domine. C’est rare d’avoir un texte comme celui de La Vénus…


« Venus in Furs » est aussi le titre d’une chanson de Lou Reed. Sa disparition vous a-t-elle affecté?

Oui, j’étais vraiment triste bien que je ne le connaissais pas personnellement et que je ne l’ai jamais rencontré. C’est toute une époque qui s’en va avec lui. Ce qui est étonnant c’est qu’Emmanuelle a tourné pour le clip de son spectacle sur Berlin. Elle chante aussi Venus in Furs sur son nouvel album.


Quel est votre rapport au festival de Cannes, où le film était cette année en compétition?
Cannes, c’était un mythe quand j’étais à l’école. J’ai toujours voulu y aller. J’y suis venu quand j’étais encore étudiant, la première fois que j’ai pu sortir de Pologne. Je continue à trouver ça fun, même si on rigole moins aujourd’hui. C’est devenu un zoo où le créatif est du mauvais coté des barreaux…

Quels sont vos projets?

Je vais mettre en scène le Bal des Vampires en comédie musicale à Paris, comme je l’avais fait à Vienne, il y a une quinzaine d’années. Ensuite il y aura mon film sur l’affaire Dreyfus. Cela fait 10 ans que je travaille dessus et que je cherche le bon angle. Je vais m’appuyer sur le personnage de Picard, qui était antisémite et n’aimait pas Dreyfus, mais qui a participé activement à sa libération, au nom de l’honneur et de la vérité.Ca lui a coûté sa carrière et il s’est retrouvé en prison. On l’ignore mais Il a fait plus que Zola!